Conséquences de la Guerre en Iran sur les Épiceries Canadiennes

Michael Chang
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Le prix du riz s’envole

Ça fait des mois que je surveille les prix du riz chez mon Maxi du coin, pis quelque chose clochait. Le fameux sac jaune de basmati semblait grimper de quelques cennes chaque semaine. Je mettais ça sur le dos de l’inflation normale jusqu’à ce qu’une source chez un gros distributeur alimentaire me raconte la vraie histoire. Les tensions géopolitiques à l’autre bout du monde sont en train de transformer tranquillement ce que les Canadiens paient à la caisse.

Le conflit impliquant l’Iran, c’est plus juste un titre de journal lointain. Ça frappe les épiceries de Montréal d’une façon que la plupart des consommateurs réalisent pas. Le riz, un des aliments de base les plus essentiels dans les cuisines à travers notre ville, fait face à de sérieuses perturbations de la chaîne d’approvisionnement. La situation mérite qu’on s’y attarde parce que ça affecte tout le monde, des étudiants qui cuisinent dans leurs petits apparts aux familles qui planifient leurs repas hebdomadaires avec un budget serré.

L’Iran produit environ 2,5 millions de tonnes métriques de riz par année, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. C’est un méchant gros morceau de l’approvisionnement mondial. Quand les tensions montent dans la région, les routes maritimes qui passent par le détroit d’Ormuz deviennent pas fiables. Environ 21 pour cent du pétrole mondial passe par cette voie navigable étroite, mais y’a aussi d’innombrables cargos transportant des produits agricoles destinés aux marchés nord-américains.

Sylvia Martinez, gestionnaire des achats dans une compagnie d’importation alimentaire basée à Montréal, m’a expliqué les effets en cascade lors de notre conversation la semaine passée. « On voit des retards allant jusqu’à trois semaines pour des livraisons qui prennent normalement dix jours », qu’elle m’a dit. « Les coûts d’assurance ont triplé pour les navires qui voyagent dans le golfe Persique, pis ces dépenses-là sont refilées directement aux consommateurs. » Sa compagnie importe des variétés de riz basmati et jasmin populaires auprès des communautés diversifiées de Montréal.

La perturbation va au-delà des exportations de riz iranien. L’Inde et le Pakistan, deux des plus gros producteurs de riz au monde, dépendent de routes maritimes régionales stables. Quand un conflit menace ces routes-là, les exportateurs demandent des prix plus élevés pour compenser le risque. Les importateurs canadiens font alors face à un choix difficile : absorber les coûts pis nuire aux marges de profit, ou les refiler aux épiceries. La réponse, malheureusement, retombe habituellement sur les consommateurs.

J’ai parlé avec David Chen, propriétaire de trois épiceries indépendantes dans l’est de Montréal, à propos des changements de prix qu’il a constatés. « Le riz basmati a monté de 18 pour cent depuis décembre », qu’il a dit en me faisant visiter son entrepôt. « Mes clients le remarquent. Ils achètent des plus petits sacs ou switchent pour des variétés moins chères qu’ils veulent pas vraiment. » Les épiceries de Chen servent principalement des communautés sud-asiatiques et moyen-orientales où le riz, c’est pas optionnel. C’est la base de quasiment tous les repas.

Le conflit affecte plus que juste le riz. Les fruits séchés, les noix pis les pistaches de la région font face à des problèmes d’approvisionnement semblables. L’Iran se classe comme le plus grand producteur de pistaches au monde, contrôlant environ 47 pour cent des exportations mondiales selon le Conseil international des noix et fruits secs. Les épiceries spécialisées de Montréal, particulièrement le long du boulevard Saint-Laurent et dans Côte-des-Neiges, stockent ces produits-là en masse. Les propriétaires rapportent que les clients expriment leur frustration face aux formats qui rapetissent pis aux prix qui montent.

Les données de Statistique Canada de février montrent que les prix des épiceries ont augmenté de 3,4 pour cent d’une année à l’autre à l’échelle nationale. Ce chiffre-là cache des hausses plus marquées dans des catégories spécifiques. Le riz et les produits céréaliers ont connu des bonds plus proches de 7 pour cent dans certaines régions. Montréal, avec sa dépendance aux aliments importés pour servir des populations diversifiées, ressent ces pressions plus fortement que des villes avec des besoins culinaires moins variés.

Les implications vont au-delà des factures d’épicerie immédiates. Les experts en sécurité alimentaire s’inquiètent des problèmes d’accès à long terme si les conflits persistent. Dre Rachel Hoffman, chercheuse en politique alimentaire à l’Université du Québec à Montréal, a partagé ses préoccupations lors d’une entrevue téléphonique. « On voit les premiers signes de ce que les changements climatiques et l’instabilité géopolitique vont signifier pour les systèmes alimentaires urbains », qu’elle a expliqué. « Des villes comme Montréal dépendent entièrement des chaînes d’approvisionnement mondiales. Quand ces chaînes-là se brisent, les populations vulnérables souffrent en premier pis souffrent le plus. »

J’ai remarqué que les restos s’ajustent aussi. Un propriétaire de restaurant persan dans Côte-des-Neiges, qui a demandé de rester anonyme par peur d’affecter ses relations avec les fournisseurs, m’a dit qu’il a reformulé des items au menu. « On peut pas continuer à augmenter les prix », qu’il a dit. « Les clients ont des limites. Fait qu’on utilise moins de safran, des portions plus petites de certains plats de riz, pis on substitue des ingrédients quand c’est possible. » Sa lutte reflète une tendance plus large à travers l’industrie de la restauration à Montréal.

Les fluctuations monétaires compliquent le problème. La faiblesse du dollar canadien face au dollar américain rend toutes les importations plus chères. Quand les tensions géopolitiques font grimper les coûts de base des produits de base, le taux de change multiplie la douleur. Un produit qui coûtait à un importateur canadien 100 piastres l’année passée pourrait coûter 125 piastres aujourd’hui, même si le prix du fournisseur a juste augmenté marginalement.

Les fournisseurs alternatifs peuvent pas facilement combler les trous. Le Canada importe du riz principalement des États-Unis, de l’Inde, de la Thaïlande pis du Pakistan. Quand les sources du Moyen-Orient deviennent pas fiables, la demande se déplace vers d’autres exportateurs. Mais ces pays-là font face à leurs propres défis, des conditions de sécheresse aux restrictions à l’exportation qui protègent les approvisionnements domestiques. La Thaïlande a connu des baisses importantes de production de riz l’année passée à cause de précipitations irrégulières, selon l’Association thaïlandaise des exportateurs de riz.

Les banques alimentaires de Montréal rapportent une demande accrue pour des dons de riz. Moisson Montréal a distribué 12 pour cent plus de riz au premier trimestre de cette année comparé à la même période en 2024. Le directeur général Neil Hetherington m’a dit que les pressions d’abordabilité forcent plus de familles à chercher de l’aide. « Quand les aliments de base deviennent inabordables, les gens font des choix impossibles », qu’il a dit. « On voit des familles qui travaillent, pas juste des individus sans emploi, qui dépendent des banques alimentaires maintenant. »

La situation demande une attention politique. Le gouvernement fédéral du Canada pourrait explorer des réserves stratégiques de grains ou subventionner les importations d’aliments essentiels pendant les crises. Certains pays européens maintiennent des stocks tampons de produits de base pour prévenir les chocs de prix. Ottawa a pas sérieusement considéré des mesures semblables, laissant les ménages canadiens exposés à chaque perturbation mondiale.

J’ai demandé à plusieurs chaînes d’épicerie leurs stratégies pour gérer les coûts. La plupart ont refusé de commenter officiellement. Un acheteur dans une grosse chaîne, parlant confidentiellement, a admis que la situation semble insoutenable. « On presse les fournisseurs pis on coupe les coûts partout où c’est possible », que l’acheteur a dit. « Mais y’a juste tant qu’on peut faire quand des problèmes d’approvisionnement fondamentaux existent. »

Les consommateurs peuvent prendre des petites mesures pour atténuer l’impact. Acheter de plus grandes quantités quand les prix baissent aide, même si tout le monde a pas l’espace de rangement ou le cash d’avance. Explorer différentes variétés de riz offre des économies. Le riz étuvé ou à grain moyen coûte souvent moins cher que le basmati ou le jasmin. Les épiceries ethniques offrent parfois de meilleurs prix que les grandes chaînes à cause de relations directes avec les fournisseurs.

La leçon plus large concerne la vulnérabilité. Le système alimentaire de Montréal, comme la plupart des centres urbains, fonctionne selon des principes de livraison juste-à-temps. Les magasins maintiennent un inventaire minimal. Quand des perturbations se produisent, les tablettes se vident vite pis les prix montent en flèche. Bâtir de la résilience nécessite de repenser comment les villes s’approvisionnent pis entreposent les biens essentiels.

Je vais continuer à surveiller ces prix de riz au Maxi. Chaque augmentation raconte une histoire à propos des connexions mondiales qu’on ignore habituellement. Un conflit à des milliers de kilomètres se rend dans les cuisines de Montréal, affectant ce que les familles mangent pis combien elles paient. C’est ça la réalité de notre monde interconnecté, pour le meilleur et de plus en plus, on dirait, pour le pire.


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