Montréal : Les cinéastes brillent aux Oscars avec de multiples nominations

Amélie Leclerc
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Je me souviens avoir regardé la première nomination aux Oscars de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski en 2007. La ville vibrait de fierté à l’époque. Maintenant, près de deux décennies plus tard, les voilà de retour dans la course. Ce genre de persévérance en dit long sur l’esprit créatif montréalais.

Nos cinéastes font des vagues sérieuses à la cérémonie des Oscars ce soir. Plusieurs Montréalais sont en compétition dans des catégories qui mettent en valeur l’éventail artistique remarquable de la ville. Des courts métrages d’animation au documentaire, les nominations reflètent des années de dévouement.

Alison McAlpine a obtenu une reconnaissance pour son court métrage documentaire « Perfectly a Strangeness ». Le film suit trois ânes qui errent dans un observatoire semi-abandonné dans le désert d’Atacama au Chili. C’est hypnotique et non conventionnel. McAlpine le décrit comme « le film indépendant complètement hors normes ».

Elle a bien raison. La plupart des candidats aux Oscars suivent des chemins prévisibles. Gros studios, budgets massifs, narrateurs célèbres. Le travail de McAlpine défie complètement ces conventions. Les ânes ne fouleront aucun tapis rouge ce soir, même si elle a blagué en disant qu’elle adorerait cette idée.

« Je pense qu’un pauvre âne à L.A. serait traumatisé », a-t-elle rigolé lors d’une récente entrevue. Sa petite équipe prévoit assister à la cérémonie ensemble. Ils paient de leur poche. C’est la réalité pour beaucoup de cinéastes indépendants, même ceux qui sont nommés pour le plus grand honneur d’Hollywood.

Lavis et Szczerbowski sont en compétition pour le meilleur court métrage d’animation avec « The Girl Who Cried Pearls ». Leur première nomination remonte à dix-huit ans pour « Madame Tutli-Putli ». J’ai toujours admiré leur style distinctif d’animation image par image. C’est méticuleux, troublant et indéniablement le leur.

La scène d’animation montréalaise ne reçoit pas assez de crédit à l’international. On a un talent extraordinaire qui travaille dans des studios à travers la ville. Ces artistes créent des mondes à partir de rien. Ils passent des mois à perfectionner des secondes de séquences. La patience requise est stupéfiante.

La cinéaste coréenne-canadienne Maggie Kang représente une autre connexion montréalaise ce soir. Elle a coécrit et coréalisé « KPop Demon Hunters » de Netflix. Le film est devenu la sortie la plus regardée de l’histoire de la plateforme de diffusion en continu. C’est une réalisation incroyable peu importe comment on le regarde.

Kang fait face à la compétition de Domee Shi de Toronto. Shi a coécrit et coréalisé « Elio » de Pixar. La catégorie du meilleur long métrage d’animation met en valeur l’influence grandissante du Canada en animation. Les deux cinéastes apportent des perspectives culturelles uniques à leurs histoires.

L’expertise technique canadienne s’étend au-delà de la réalisation et de l’écriture. Jordan Samuel et Cliona Furey ont obtenu des nominations pour le maquillage et la coiffure sur « Frankenstein ». Le chef décorateur Tamara Deverell et le décorateur de plateau Shane Vieau ont aussi reçu une reconnaissance pour le même film.

Ces rôles en coulisses passent souvent inaperçus auprès du grand public. Mais ils sont essentiels au cinéma. Ils créent les textures visuelles qui transportent les spectateurs dans différents mondes. Le savoir-faire impliqué est extraordinaire.

Le producteur J. Miles Dale est parmi les nommés pour « Frankenstein » dans la catégorie du meilleur film. C’est le plus grand honneur de la soirée. Gagner représenterait un accomplissement massif pour tous les gens impliqués.

McAlpine a qualifié sa nomination de « grand honneur et d’aventure folle ». Ce sentiment d’émerveillement résonne en moi. Même pour les cinéastes établis, la reconnaissance des Oscars demeure spéciale. Ça valide des années de prise de risques créatifs.

Je couvre la scène artistique montréalaise depuis plus d’une décennie. Ce qui me frappe le plus, c’est la diversité du travail que nos cinéastes produisent. On a des animateurs, des documentaristes, des réalisateurs narratifs et des spécialistes techniques. Ils travaillent à travers les genres et les budgets.

La culture bilingue de la ville influence cette production créative. Les cinéastes d’ici naviguent constamment entre l’anglais et le français. Cette dextérité linguistique se traduit souvent en flexibilité dans la narration visuelle. Ils sont à l’aise de se déplacer entre différentes traditions esthétiques.

Montréal offre aussi des avantages de production qui attirent les talents. Nos crédits d’impôt pour le cinéma demeurent compétitifs. L’architecture de la ville fournit des lieux de tournage diversifiés. Un solide réseau de maisons de production soutient les artistes émergents.

Mais les nominations de ce soir reflètent plus que l’infrastructure. Elles mettent en valeur des visions artistiques individuelles. McAlpine qui choisit des ânes comme sujets documentaires. Les techniques méticuleuses d’animation image par image de Lavis et Szczerbowski. Kang qui mélange la culture K-pop avec des éléments surnaturels.

Ce ne sont pas des choix créatifs sécuritaires. Ce sont des décisions audacieuses, parfois risquées. Cette volonté d’expérimenter définit la communauté cinématographique montréalaise. On célèbre les approches non conventionnelles.

La cérémonie des Oscars crée de la visibilité pour les plus petites productions. « Perfectly a Strangeness » pourrait ne jamais rejoindre le grand public autrement. La nomination change ça. Les gens deviennent curieux. Ils cherchent le film.

McAlpine a noté le plan de son équipe d’y assister ensemble. Il y a quelque chose de magnifiquement collaboratif dans ce geste. Le cinéma est intrinsèquement collaboratif. Le succès appartient à des équipes entières, pas juste aux réalisateurs.

Je vais regarder ce soir avec un intérêt particulier. Peu importe qui gagne, ces nominations comptent. Elles démontrent les contributions continues de Montréal au cinéma mondial. Elles inspirent les jeunes cinéastes qui poursuivent leurs propres visions.

Les écoles de cinéma de la ville vont sans aucun doute faire référence aux nommés de ce soir dans leurs futurs cours. Les étudiants vont étudier leurs techniques. Ils vont analyser ce qui a fait ressortir ces projets.

Dix-huit ans ont séparé les nominations de Lavis et Szczerbowski. Cet écart illustre la patience requise en animation. Ça montre aussi leur engagement envers le métier plutôt que le succès commercial rapide. Ils ont continué à créer.

La cérémonie de ce soir se déroule à Los Angeles. Mais Montréal va regarder de près. On va célébrer les nôtres. Et demain, ces cinéastes vont retourner à leur travail. Ils vont commencer à développer leurs prochains projets.

C’est comme ça que les communautés créatives se soutiennent. Par la reconnaissance, certainement. Mais plus important encore, par un dévouement persistant au métier. Les cinéastes montréalais incarnent complètement cet esprit.

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