L’anniversaire est arrivé discrètement en mars dernier, marquant trois années complètes depuis que les flammes ont ravagé un immeuble patrimonial dans le Vieux-Montréal. Sept vies ont été perdues cette nuit-là. Les familles attendent toujours des réponses. La justice demeure désespérément hors de portée.
Je me souviens d’avoir couvert les lendemains de cet incendie en 2023. L’odeur de bois brûlé persistait dans les rues pavées pendant des semaines. Les journalistes se regroupaient devant la structure calcinée, calepins à la main. Des voisins déposaient des fleurs contre les barrières policières. Le deuil collectif s’est installé sur notre ville comme le brouillard sur le Saint-Laurent.
Aujourd’hui, l’enquête criminelle se poursuit sans qu’aucune accusation n’ait été portée. Tant le SPVM que le bureau du procureur confirment qu’ils travaillent toujours sur le dossier. Ils promettent que l’information sera communiquée au public dès que possible. Mais trois ans, c’est long à attendre.
L’incendie s’est déclaré le 16 mars 2023. Il a traversé le vieil immeuble avec une rapidité terrifiante. Six des sept victimes séjournaient dans des locations de courte durée illégales. Ces logements non autorisés sont devenus un problème persistant dans nos quartiers historiques.
Les enquêteurs ont trouvé des traces d’accélérant sur les lieux. Cette découverte a aidé à expliquer pourquoi les flammes se sont propagées si rapidement. Les bâtiments patrimoniaux du Vieux-Montréal sont magnifiques mais vulnérables. Leurs vieilles structures de bois peuvent devenir des pièges mortels quand le feu s’empare d’eux.
Des documents judiciaires provenant d’une affaire non reliée ont nommé Denis Bégin comme suspect. Il purge actuellement une peine d’emprisonnement à perpétuité pour un meurtre commis en 1993. Le lien avec cet incendie a émergé à travers des documents du Service correctionnel du Canada. Le témoignage du SPVM dans ces documents fait des allégations précises.
Des caméras de surveillance ont capté des images de Bégin dans les environs de l’immeuble. Les enregistrements le montrent présent avant et après le début de l’incendie. Cette preuve n’a pas encore mené à des accusations. Les processus juridiques avancent lentement, surtout dans les enquêtes complexes d’incendie criminel.
Les familles des victimes ont exprimé publiquement leur frustration. Elles ont organisé des veillées à chaque anniversaire. J’ai assisté au rassemblement cette année. Une quarantaine de personnes se tenaient dans le vent froid de mars. Quelqu’un avait apporté sept chandelles blanches. Elles vacillaient contre les murs de pierre.
Une femme m’a raconté que sa fille visitait Montréal pour la première fois. Elle avait réservé ce qui semblait être un charmant appartement du Vieux-Montréal en ligne. La location était illégale, mais elle n’avait aucun moyen de le savoir. Elle n’est jamais rentrée chez elle.
Le SPVM a fait face à des critiques pour la lenteur de l’enquête. Les dossiers d’incendie criminel exigent une collecte de preuves méticuleuse. Les procureurs ont besoin de preuves accablantes avant de déposer des accusations. Mais trois ans, ça met la patience des familles endeuillées à l’épreuve. Ça ébranle la confiance du public envers notre système de justice.
La tragédie a exposé de sérieux problèmes avec l’application des règlements sur les locations de courte durée à Montréal. Les autorités municipales ont promis des règlements plus stricts après l’incendie. Le gouvernement provincial s’est engagé à mieux surveiller. La mise en œuvre a été inégale au mieux.
Je suis passé devant cet immeuble des dizaines de fois depuis 2023. La structure tient toujours debout, même si des échafaudages couvrent maintenant sa façade. Les travaux de rénovation ont été interrompus à plusieurs reprises. Le site demeure un rappel physique de cette nuit terrible.
Le Vieux-Montréal attire des millions de touristes chaque année. Son charme historique attire des visiteurs du monde entier. Mais ce même caractère historique crée des défis uniques en matière de sécurité. Les bâtiments construits il y a des siècles n’ont pas été conçus pour les charges d’occupation modernes. Les systèmes de sécurité incendie sont souvent inadéquats ou désuets.
Le marché de la location illégale prospère dans ces quartiers malgré la réglementation. Les propriétaires peuvent charger des tarifs premium pour les emplacements du Vieux-Montréal. Certains ignorent complètement les exigences de permis. L’application de la loi s’est améliorée depuis 2023, mais des lacunes persistent.
Des groupes communautaires locaux ont réclamé des actions plus fortes. Ils ont rencontré des conseillers municipaux et des représentants provinciaux. La Société d’histoire et de patrimoine du Vieux-Montréal a plaidé pour de meilleures inspections de bâtiments. Leurs efforts ont produit certains changements de politique.
Le Directeur des poursuites criminelles et pénales du Québec fait face à une décision difficile. La preuve doit soutenir des accusations hors de tout doute raisonnable. Les images de surveillance seules pourraient ne pas suffire. Les procureurs doivent établir le mobile, l’opportunité et le lien de causalité direct.
Les experts juridiques que j’ai consultés expliquent les complexités impliquées. Les enquêtes d’incendie criminel prennent souvent des années avant d’arriver en cour. L’incarcération actuelle du suspect ajoute des complications procédurales. Sa condamnation pour meurtre de 1993 fera inévitablement partie de tout récit de procès.
Les victimes venaient de différents milieux et circonstances. Certaines étaient des résidents locaux. D’autres visitaient notre ville. Tous méritaient un logement sécuritaire. Tous méritaient une meilleure protection contre des propriétaires négligents.
Je pense parfois au caractère aléatoire des tragédies. Une location de vacances réservée en ligne. Un immeuble avec des mesures de sécurité incendie inadéquates. Un accélérant qui aurait pu être utilisé délibérément. Des vies terminées en quelques minutes.
Le paysage des locations de courte durée à Montréal a changé depuis 2023. La ville exige maintenant des numéros de permis visibles dans toutes les annonces en ligne. Les amendes pour les exploitants illégaux ont augmenté substantiellement. Des plateformes comme Airbnb subissent des pressions pour vérifier la conformité.
Mais les défis d’application persistent à travers la ville. Trop de propriétés fonctionnent encore sans permis appropriés. Trop d’immeubles patrimoniaux manquent de systèmes de sécurité incendie adéquats. Le risque n’a pas disparu.
Les familles qui attendent justice méritent plus que des explications bureaucratiques. Elles méritent une reddition de comptes. Elles méritent de comprendre exactement ce qui s’est passé cette nuit de mars. Elles méritent de voir des accusations portées si la preuve le justifie.
Trois ans, ça semble une éternité quand on est en deuil. Ça semble encore plus long quand on attend qu’un système de justice agisse. Le SPVM insiste qu’il travaille avec diligence. Le bureau du procureur maintient son engagement à bâtir un dossier solide.
J’espère que cette année apportera une résolution. J’espère que l’enquête produira des réponses claires. J’espère que les familles trouveront une certaine paix. Notre ville leur doit rien de moins qu’une transparence complète et une justice éventuelle.
Les sept chandelles se sont consumées lentement cet après-midi froid de mars. Les gens sont restés en silence jusqu’à ce que la dernière flamme s’éteigne. Puis ils sont partis tranquillement. L’immeuble veillait sur eux, marqué mais toujours debout.