Crise de la Santé Masculine : Le Rôle d’Ottawa dans la Stratégie Nationale

Sara Thompson
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Une crise silencieuse : pourquoi le Canada doit enfin s’attaquer à la santé des hommes

En passant devant les édifices du Parlement l’hiver dernier, je me souviens avoir entendu un groupe de défenseurs de la santé discuter d’un sujet qui fait rarement les manchettes. Ils parlaient de la santé des hommes, et plus précisément du fait que les hommes canadiens meurent plus jeunes qu’ils ne le devraient. Cette conversation m’est restée en tête, surtout maintenant qu’Ottawa a finalement décidé d’aller de l’avant avec la création de la toute première stratégie nationale sur la santé des hommes au pays.

Le gouvernement fédéral a lancé un sondage pancanadien en février dernier. Cela marque le début de ce que plusieurs experts qualifient de conversation attendue depuis longtemps. Le professeur Niigaan Sinclair de l’Université du Manitoba décrit la situation comme une crise qui perdure et qui touche les hommes partout au Canada. Ses propos ont du poids, surtout compte tenu de ses recherches approfondies menées dans le cadre du Movember Institute of Men’s Health.

Les hommes canadiens ont une espérance de vie plus courte que les femmes. Ils connaissent des taux plus élevés de maladies cardiaques, de divers cancers et de problèmes liés à l’obésité. On ne parle pas de petites différences ici. Les écarts sont assez importants pour que les chercheurs en santé tirent la sonnette d’alarme depuis des années. Pourtant, ce problème n’a pas reçu l’attention qu’il mérite jusqu’à tout récemment.

Sinclair identifie deux problèmes majeurs qui créent cet écart en matière de santé. Premièrement, il y a un réel manque de services conçus spécifiquement pour les besoins en santé des hommes. Deuxièmement, les attentes culturelles liées à la masculinité découragent les hommes de chercher de l’aide quand ils en ont le plus besoin. Ces facteurs se combinent pour créer ce qu’il appelle des déterminants de la santé qui affectent certains groupes de façon plus sévère que d’autres.

Les hommes autochtones et les communautés immigrantes font face à des réalités particulièrement difficiles. Le Nunavut affiche les taux les plus élevés de mortalité masculine prématurée à travers le Canada. Le Québec se situe à l’opposé avec les taux les plus bas. Ces différences géographiques nous en disent long sur les variations importantes de l’accès aux soins de santé d’un bout à l’autre du pays.

Les chiffres deviennent particulièrement troublants quand on examine ce qui tue réellement les hommes prématurément. Les maladies liées au mode de vie comme le diabète et les problèmes cardiovasculaires arrivent en tête de liste. Les décès accidentels dans des situations de travail à risque élevé font de nombreuses victimes chaque année. Et puis il y a la crise de santé mentale qui se manifeste par des taux de suicide qui devraient horrifier quiconque y porte attention.

J’ai couvert suffisamment d’histoires communautaires pour savoir que le soutien en santé mentale pour les hommes demeure terriblement inadéquat. La culture hypermasculine dont parle Sinclair n’est pas juste un concept académique. C’est réel et c’est mortel. On apprend aux hommes dès leur jeune âge à serrer les dents, à éviter de paraître faibles. Ce conditionnement culturel coûte littéralement des vies.

Le problème d’accessibilité frappe le plus durement les communautés racialisées. Même quand les hommes surmontent les barrières culturelles pour chercher de l’aide, ils ne trouvent souvent pas de services appropriés. Les barrières linguistiques compliquent le problème pour beaucoup de familles immigrantes. L’isolement géographique affecte les communautés autochtones. Les facteurs économiques empêchent les hommes à faible revenu d’obtenir des soins préventifs.

Certains pourraient se demander si le fait de se concentrer sur la santé des hommes ne diminue pas d’autres enjeux importants d’équité en santé. Sinclair aborde cette préoccupation directement. Il souligne que les questions de santé des enfants, des femmes et des personnes LGBTQS2+ demeurent d’une importance cruciale. Toutes ces préoccupations sont profondément liées aux résultats en santé des hommes.

Quand les hommes ne reçoivent pas de diagnostic et de traitement appropriés en santé mentale, les familles en subissent les conséquences. Les conjointes doivent composer avec des problèmes de dépression ou de colère non traités. Les enfants grandissent en observant des modèles de comportement masculin malsains. Les communautés perdent des membres productifs à cause de décès évitables. Les répercussions touchent tout le monde.

La décision d’Ottawa de poursuivre une stratégie nationale représente un progrès important. Le sondage de février visait à recueillir des données auprès d’hommes de toutes les catégories démographiques. Les chercheurs veulent comprendre les variations régionales, les facteurs culturels et les obstacles spécifiques auxquels différents groupes font face. Cette information orientera les recommandations de politiques à venir.

Les discussions parlementaires que j’ai suivies montrent un intérêt véritable de la part de plusieurs partis. Les bureaux du ministre de la Santé ont reçu de plus en plus de demandes de renseignements concernant les services de santé pour hommes. Les réunions de comités ont abordé les lacunes dans les cadres de soins de santé actuels. Il y a un élan qui se construit et qui n’existait même pas il y a deux ans.

Le livre de Sinclair « Winipek: Visions of Canada from an Indigenous Centre » a récemment remporté le Prix du Gouverneur général. Sa perspective autochtone apporte des perspectives cruciales à cette conversation. Les hommes autochtones font face aux impacts continus du colonialisme sur leur santé. Les pratiques de guérison traditionnelles ont été perturbées. Les structures communautaires qui soutenaient autrefois le bien-être des hommes ont été délibérément détruites.

La voie à suivre nécessite des conversations honnêtes dans les salons, les salles de réunion et les salles de classe. Nous devons examiner comment la société traite les besoins émotionnels des hommes. Nous devons remettre en question les cultures de travail qui récompensent les prises de risque dangereuses. Nous devrions considérer comment les systèmes de santé pourraient mieux servir les patients masculins.

Les soins préventifs demeurent sous-utilisés par les hommes de toutes les catégories démographiques. Des examens réguliers pourraient détecter les maladies cardiaques tôt. Les dépistages du cancer sauvent des vies quand ils sont faits de façon régulière. Les bilans de santé mentale pourraient prévenir des crises avant qu’elles ne s’aggravent. Pourtant, les hommes évitent ces services à des taux alarmants.

Les fournisseurs de soins de santé ont besoin de formation sur la façon d’engager efficacement les patients masculins. Les approches actuelles ne tiennent souvent pas compte des différences de style de communication. Les hommes ne rapportent peut-être pas leurs symptômes de la même façon que les femmes le font typiquement. Ils pourraient minimiser des préoccupations sérieuses. Les professionnels doivent apprendre à lire entre les lignes.

Des changements de politiques pourraient faire de réelles différences. Des programmes de santé en milieu de travail ciblant spécifiquement les hommes pourraient augmenter la participation. Des heures d’ouverture prolongées des cliniques pourraient mieux accommoder les travailleurs de quarts. Des services de santé mobiles pourraient atteindre les communautés éloignées. Des modèles de soins adaptés culturellement pourraient servir plus efficacement les populations diversifiées.

La ligne d’aide de Services de crise du Canada et la Ligne d’intervention en cas de crise suicidaire du Canada offrent un soutien immédiat. Ces services rapportent que les hommes attendent généralement plus longtemps avant de tendre la main. Au moment où ils appellent, les situations se sont souvent considérablement détériorées. Une intervention plus précoce pourrait prévenir bien des tragédies.

Ayant couvert le paysage politique d’Ottawa pendant des années, j’ai vu des débats sur la santé aller et venir. Celui-ci semble différent d’une certaine façon. Il y a une reconnaissance croissante qu’ignorer la santé des hommes nuit à tout le monde. Les coûts économiques à eux seuls justifient l’action. Les coûts humains l’exigent.

Pour aller de l’avant, cette stratégie nationale doit inclure les voix autochtones de façon importante. Elle nécessite l’apport des communautés immigrantes. Elle requiert la participation des hommes eux-mêmes concernant les obstacles auxquels ils font face. Les solutions imposées d’en haut fonctionnent rarement sans une compréhension de la base.

La conversation que Sinclair demande commence déjà. Des groupes de soutien se forment. Des organisations de défense se mobilisent. Les hommes commencent à partager leurs difficultés plus ouvertement. Le changement se produit lentement, mais il se produit.

Notre pays se trouve à un tournant en ce qui concerne la santé des hommes. Les données montrent clairement que nous avons une crise. Le gouvernement fédéral l’a reconnu. Maintenant vient le travail difficile de mettre réellement en œuvre des solutions qui sauveront des vies.


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