J’observe ce changement depuis la fenêtre de mon appartement depuis un an maintenant. Moins de voitures qui tournent au ralenti aux intersections, plus de clochettes de vélo qui résonnent dans les rues du Plateau. Les chiffres confirment désormais ce que plusieurs d’entre nous ressentions.
Les Montréalais conduisent moins que pratiquement n’importe qui d’autre au Canada. On fait en moyenne seulement 4,6 jours au volant chaque semaine. C’est nettement en dessous de la moyenne nationale de 5 jours. Vancouver mène avec 5,2 jours, ce qui rend le recul de notre ville face à la dépendance à l’auto encore plus frappant.
La tendance va plus loin que les habitudes hebdomadaires. Le Québec a vu la possession d’automobile chuter de huit points de pourcentage entre 2025 et 2026. On se situe maintenant à 79 pour cent de propriétaires, derrière la moyenne nationale de 85 pour cent. Ça représente l’un des déclins les plus marqués n’importe où au pays.
Les pressions financières expliquent en grande partie cette transformation. Le Québec bénéficie en fait des dépenses moyennes de possession d’auto les plus basses au Canada à 4 067 $ par année. Mais abordable ne veut pas toujours dire gérable, surtout quand les budgets sont serrés dans toutes les catégories.
Près d’un Canadien sur dix affirme maintenant que les dépenses mensuelles liées à l’auto dépassent ce qu’il peut raisonnablement assumer. Un autre 32 pour cent ont délibérément réduit leur fréquence de conduite juste pour composer avec la hausse des coûts. Les factures d’entretien ont grimpé de 113 $ d’une année à l’autre pour atteindre 1 196 $ à l’échelle nationale, ajoutant une pression inattendue sur les finances des ménages.
J’ai parlé avec Marie Dumont, graphiste dans le Mile End, le mois dernier au sujet de sa décision de vendre sa Honda Civic. « Les assurances n’arrêtaient pas d’augmenter, le stationnement était impossible, et honnêtement je l’utilisais à peine », m’a-t-elle dit autour d’un café à son resto préféré sur Saint-Viateur. « Entre le métro et BIXI, je me rends partout où j’ai besoin. »
Son histoire reflète une tendance plus large qui émerge dans les quartiers montréalais. Notre vaste réseau d’infrastructures cyclables rend la vie sans auto vraiment praticable ici. Des voies protégées relient maintenant les principaux arrondissements, du bord de l’eau jusqu’au centre-ville et dans les secteurs résidentiels. Les cyclistes à l’année sont devenus des scènes courantes même pendant les mois d’hiver.
L’incertitude commerciale complique encore davantage le portrait. Le rapport 2026 State of Car Ownership in Canada de Turo révèle que 75 pour cent des Canadiens craignent que les tarifs fassent grimper les prix des véhicules. Trente pour cent disent que ces préoccupations les rendent moins susceptibles d’acheter une auto. Soixante-dix pour cent n’achèteront pas de véhicules de fabrication américaine tant que les relations Canada-États-Unis ne se stabiliseront pas.
Ces inquiétudes se traduisent en changements de comportement concrets. Onze pour cent moins de Canadiens prévoient acheter une auto d’ici un à trois ans comparativement à l’an dernier. L’hésitation reflète à la fois la pression financière immédiate et l’incertitude économique à long terme.
Les jeunes générations ressentent la pression le plus intensément. La génération Z paie plus cher pour la possession d’une auto que n’importe quel autre groupe d’âge au Canada. Ils dépensent en moyenne 5 820 $ par année selon les données de Turo. C’est substantiellement plus élevé que ce que les Canadiens plus âgés paient pour un accès similaire à un véhicule.
Sans grande surprise, 36 pour cent des Canadiens de la génération Z ne possèdent pas de véhicule du tout. Comparez ça à seulement 15 pour cent dans la population générale. Plusieurs jeunes Montréalais que j’ai interviewés expriment peu d’attachement à la possession d’une auto comme étape de vie ou symbole de statut.
Thomas Chen, un développeur logiciel de 26 ans dans Griffintown, a articulé clairement cette perspective. « Mes parents voient l’auto comme la liberté et l’indépendance », a-t-il expliqué. « Moi, je la vois comme un passif coûteux qui m’enchaîne financièrement. »
La conversation sur les infrastructures compte aussi ici. Quarante-cinq pour cent des Canadiens souhaiteraient que de meilleures options de transport en commun existent pour que la possession d’une auto ne soit pas nécessaire. Le métro de Montréal dessert bien les quartiers centraux, tandis que les réseaux d’autobus étendent la portée vers les arrondissements extérieurs.
Pourtant, les lacunes demeurent évidentes pour quiconque dépend du transport en commun quotidiennement. Le service en soirée diminue considérablement. Les horaires de fin de semaine frustrent ceux qui ont besoin de transport fiable pour le travail par quarts ou les activités sociales. Certains quartiers manquent encore de connexions pratiques aux lignes de transport rapide.
Bassem El-Rahimy, directeur de Turo Canada, a mis ces résultats en contexte de façon réfléchie. « Pendant des décennies, la possession d’une auto a été l’option par défaut au Canada », a-t-il déclaré dans le rapport. « Maintenant, on voit cette présomption commencer à changer. »
Il a poursuivi : « Les gens ont encore besoin d’accéder à une auto, mais ils remettent en question s’ils ont besoin du poids financier qui vient avec le fait d’en posséder une. » Cette distinction entre accès et possession représente une réflexion fondamentale sur la mobilité urbaine.
Les services d’autopartage, les options de location et les plateformes entre particuliers offrent maintenant des alternatives aux modèles traditionnels de possession. Les Montréalais adoptent de plus en plus ces solutions flexibles pour les besoins occasionnels tout en évitant les coûts constants de possession.
J’ai remarqué ce pattern parmi mes amis et collègues à travers la ville. Ils comptent sur le transport en commun et le vélo pour leurs routines quotidiennes. Ensuite, ils réservent des véhicules partagés pour les trips de fin de semaine dans les Laurentides ou les courses d’épicerie qui nécessitent un coffre.
La dimension environnementale résonne fortement ici aussi, même si le rapport de Turo se concentrait principalement sur les facteurs économiques. Montréal s’est engagée à des cibles climatiques ambitieuses qui nécessitent des transformations du secteur des transports. La réduction de la conduite s’aligne naturellement avec ces objectifs de durabilité.
En me promenant dans les quartiers de Rosemont ou Villeray dernièrement, le paysage urbain se sent différent. Plus de piétons occupent les trottoirs. Les supports à vélos débordent devant les destinations populaires. Les places de stationnement restent vides plus longtemps qu’avant.
Ces observations correspondent exactement aux données. L’étude State of Car Ownership de Turo a sondé 1 509 Canadiens âgés de 25 ans et plus via le Forum Angus Reid en décembre 2025. La méthodologie assure un échantillonnage représentatif à travers les régions et les démographies.
La position unique de Montréal au sein du Canada rend nos choix de transport particulièrement dignes de mention. On combine une densité urbaine d’influence européenne avec la culture automobile nord-américaine. L’hybride qui en résulte crée un espace pour que les alternatives prospèrent plus facilement que dans les régions suburbaines étalées.
Les conditions hivernales compliquent les choses, évidemment. Les mois froids testent l’engagement même des cyclistes et usagers du transport en commun les plus dévoués. Pourtant, l’amélioration des infrastructures et un meilleur entretien hivernal ont rendu la vie sans auto à l’année de plus en plus viable.
Le contexte économique plus large façonne aussi ces décisions. Les coûts de logement consomment des parts de budget plus grandes que jamais. Les jeunes professionnels surtout font face à des choix difficiles sur où vont les dollars limités. Un paiement d’auto versus une augmentation de loyer devient une véritable décision soit-ou.
En regardant vers l’avenir, cette tendance semble susceptible de s’accélérer plutôt que de s’inverser. Les prix des véhicules continuent de grimper. Les tarifs d’assurance continuent d’augmenter. Les coûts d’entretien ne montrent aucun signe de modération. Pendant ce temps, les alternatives s’améliorent constamment en qualité et en commodité.
Montréal est positionnée pour mener la transformation des transports au Canada. Notre fondation d’infrastructures existe déjà. L’ouverture culturelle à la mobilité alternative est profondément ancrée. Les pressions économiques poussent les résidents vers le changement indépendamment des motivations environnementales.
La question maintenant devient si les politiques suivront le rythme des changements de comportement du public. L’expansion des réseaux cyclables, l’amélioration de la fréquence du transport en commun et le design de rues conviviales pour les piétons méritent tous des investissements continus. Ces choix détermineront si l’avenir auto-léger de Montréal se sent libérateur ou simplement comme faire avec moins.