Manifestation à Montréal : les manifestants exhortent le PM Carney à éviter les conflits au Moyen-Orient

Amélie Leclerc
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Manifestation à Montréal

Le centre-ville de Montréal résonnait de voix samedi après-midi. Des centaines de personnes se sont rassemblées pour envoyer un message clair à Ottawa. Elles veulent que le Canada reste en dehors des guerres du Moyen-Orient.

La foule a défilé dans les rues familières près de la Place des Arts. J’ai couvert plusieurs manifs dans cette ville depuis deux décennies. Celle-ci portait un poids particulier d’urgence et de connexion personnelle.

« En Iran, assez de guerre », scandaient les manifestants à l’unisson. Leurs voix rebondissaient sur les tours de verre qui bordent la rue Sainte-Catherine. « États-Unis, reculez, l’Iran n’est pas à vous », résonnait dans l’air frais du printemps.

Quatre groupes ont organisé la manifestation ensemble. Le collectif Stop the War s’est joint à Divest for Palestine. La Coalition d’urgence Québec-Palestine et le Mouvement de la jeunesse palestinienne complétaient la coalition. Leur effort combiné a rassemblé des voix diverses à une même intersection.

Les récentes déclarations du premier ministre Mark Carney ont déclenché une bonne partie de la frustration. Il a suggéré que le Canada pourrait aider à sécuriser le détroit d’Ormuz. Pourtant, il a aussi dit que le Canada ne joindrait pas le conflit directement. Plusieurs manifestants ont vu une contradiction dans ces paroles.

Mona Ghassemi n’a pas mâché ses mots quand elle s’est adressée au rassemblement. Elle dirige le Congrès canado-iranien comme présidente et porte-parole. « Le Congrès canado-iranien condamne le soutien hypocrite du premier ministre Mark Carney à l’agression américano-israélienne contre l’Iran », a-t-elle déclaré.

Sa déclaration a suscité de fortes acclamations de la foule. J’ai remarqué plusieurs personnes tenant des pancartes en anglais et en français. Cette expression bilingue m’a semblé typiquement montréalaise.

Raymond Legault a pris la parole ensuite, représentant le collectif Stop the War. Il a exposé clairement les objectifs plus larges de la manifestation. « On s’oppose aux guerres américaines et israéliennes au Liban et en Iran », a-t-il expliqué. La démonstration visait aussi à dénoncer la violence continue à Gaza. Legault a exigé que le Canada prenne position et refuse de participer à ces actions militaires.

Boutaina Chafi a apporté la perspective du Mouvement de la jeunesse palestinienne au micro. Elle a rappelé à tout le monde que les Québécois font pression sur le gouvernement fédéral depuis des mois. Leur demande reste cohérente : arrêter les expéditions d’armes vers Israël via les États-Unis.

« Tant que Carney ne répond pas aux demandes de la majorité de la population, on va continuer à se mobiliser », a déclaré Chafi dans son communiqué de presse. Sa détermination reflétait ce que j’ai entendu de nombreux manifestants tout au long de l’après-midi.

Elle a élaboré lors d’une entrevue en pleine manifestation. « Le but, c’est d’envoyer un message fort », a dit Chafi. « La démocratie dans nos pays ne peut pas passer par les bombardements, la destruction ou le meurtre de civils. C’est pas comme ça que le changement se produit. »

J’ai parlé avec Danielle, une manifestante qui a articulé sa frustration clairement. Elle s’opposait à la guerre parce qu’elle « n’a aucune justification ». Elle l’a qualifiée de « contraire à l’ordre international ».

Son observation suivante m’a frappé comme particulièrement pertinente. « Quand Israël a envahi Gaza pour commettre son génocide, les gens disaient qu’Israël a le droit de se défendre », a noté Danielle. « Là, les gens disent que l’Iran n’a pas le droit de se défendre. Ça veut dire quoi, ça? »

Elle a conclu avec une déclaration ferme sur l’implication canadienne. « Le gouvernement canadien ne devrait jamais offrir de participer à une guerre comme celle-là », a-t-elle dit.

Plusieurs manifestants portaient des enjeux personnels dans ces conflits. Une femme iranienne que j’ai rencontrée avait de la famille qui vit encore en partie en Iran. Elle est venue spécifiquement pour dénoncer la guerre. Son inquiétude pour ses proches restait palpable dans sa voix.

Sami partageait un lien encore plus direct avec la violence. Sa famille avait énormément souffert de la portée du conflit. « Toute ma famille au Liban a été déplacée », a-t-il dit aux journalistes. « J’ai perdu des membres de ma famille, surtout pour des objectifs impérialistes d’Israël et des capitalistes américains. »

La douleur dans ses mots m’a rappelé pourquoi le journalisme est important. Ce ne sont pas des débats géopolitiques abstraits. Des vraies familles font face au déplacement et à la perte chaque jour.

Greg Beaune était présent représentant le Mouvement québécois pour la paix comme vice-président. Son organisation fait campagne contre la guerre en général, pas juste des conflits spécifiques. Ils se sont mobilisés pour envoyer ce qu’il a appelé un message anti-impérialiste clair.

« Pour nous, c’est très important, en tant que membres de la société québécoise et canadienne, de se mobiliser largement », a expliqué Beaune. Son objectif se concentrait sur le maintien de la pression sur le gouvernement Carney. « On doit l’empêcher de prendre une très mauvaise décision », a-t-il dit. « Ça serait de se ranger du côté des États-Unis. »

La manifestation reflétait quelque chose que j’ai observé de plus en plus à Montréal. Le tissu multiculturel de notre ville fait en sorte que les conflits internationaux semblent intensément locaux. Les Canado-Iraniens, les Canado-Libanais et les Canado-Palestiniens ne voient pas les guerres du Moyen-Orient comme des événements lointains.

Ils regardent des membres de leur famille naviguer les bombardements et les déplacements. Ils pleurent des pertes que les déclarations officielles réduisent à des statistiques. Leur présence aux manifestations apporte une urgence qui transcende l’activisme politique typique.

En marchant parmi la foule, j’ai remarqué que l’éventail d’âges traversait les générations. De jeunes étudiants marchaient aux côtés d’activistes plus âgés qui manifestent contre les guerres depuis des décennies. Des parents poussaient des poussettes tout en tenant des pancartes. Des ados filmaient les discours sur leurs téléphones.

Cette diversité est importante pour comprendre la conscience politique de Montréal. La ville a longtemps embrassé les mouvements de solidarité internationale. Des manifestations anti-apartheid aux récentes démonstrations pour le climat, les Montréalais se mobilisent systématiquement pour les enjeux de justice mondiale.

La manifestation s’est terminée pacifiquement alors que la lumière de l’après-midi s’estompait sur le Mont-Royal. Les organisateurs ont promis une action continue si Ottawa ne change pas sa position. Ils planifient d’autres mobilisations dans les semaines à venir.

Le premier ministre Carney fait maintenant face à une pression soutenue de la plus grande ville du Québec. Son gouvernement doit naviguer des alliances internationales complexes tout en répondant aux préoccupations des citoyens. Le détroit d’Ormuz représente des voies maritimes mondiales cruciales. Pourtant, plusieurs Canadiens remettent en question l’implication militaire dans des régions volatiles.

La manifestation de samedi a mis en évidence les tensions entre la stratégie géopolitique et l’opinion publique. Elle a mis en valeur le rôle de Montréal comme plaque tournante de la solidarité internationale. Et elle a rappelé aux politiciens que les décisions de politique étrangère ont des conséquences politiques domestiques.

Les manifestants se sont dispersés graduellement, les conversations continuant sur les quais de métro et les trottoirs. Leur message restait clair et inébranlable. Ils veulent que le Canada choisisse la paix plutôt que l’enchevêtrement militaire. Ils exigent que leur gouvernement écoute les citoyens, pas juste les puissances alliées.

Si Ottawa va répondre reste incertain. Mais une chose est devenue évidente samedi après-midi. Les rues de Montréal vont continuer à se remplir de voix qui exigent du changement jusqu’à ce que quelqu’un au pouvoir écoute vraiment.


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