La Première Ministre de l’Alberta Critique les Politiques Fédérales sur l’Aide Médicale à Mourir lors d’une Émission à Edmonton

Laura Tremblay
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En me promenant dans le centre-ville d’Edmonton en fin de semaine dernière, je ne pouvais m’empêcher de penser à quel point les décisions personnelles en matière de santé sont devenues de plus en plus politiques dans notre province. L’émission de radio de samedi de la première ministre Danielle Smith a justement lancé cette conversation, une conversation avec laquelle bien des Albertains sont aux prises en ce moment.

Smith a défendu les restrictions prévues par son gouvernement concernant l’aide médicale à mourir lors de sa diffusion hebdomadaire. Une auditrice de Calgary a contesté sa position, insistant sur le fait que l’accès à l’AMM représente une liberté fondamentale. L’échange a mis en lumière les tensions qui mijotent partout en Alberta alors que les gouvernements provincial et fédéral s’affrontent sur les soins de fin de vie.

La position de la première ministre s’articule autour du projet de loi 18, la réponse législative de l’Alberta aux changements fédéraux qui entreront en vigueur en mars 2027. Ces changements fédéraux décriminaliseraient l’AMM lorsque la maladie mentale seule motive la demande d’une personne. Le gouvernement de Smith n’en veut pas du tout.

En vertu de l’exemption proposée par l’Alberta, la « mort naturelle » d’un patient doit être prévue dans les douze mois pour être admissible à l’AMM. C’est une restriction considérablement plus stricte que ce que permettent les lignes directrices fédérales. Smith soutient que les mesures actuelles ont déjà franchi des limites raisonnables.

« L’intention était que vous ayez une condition pour laquelle la mort est raisonnablement prévisible », a expliqué Smith durant son émission. « Être déprimé ou avoir un TSPT, c’est quelque chose dont on peut se remettre, et on devrait redonner de l’espoir aux gens. »

Elle a fait référence aux statistiques montrant que les décès par AMM en Alberta ont récemment doublé. La première ministre croit que les Albertains méritent un soutien en santé mentale et un regain d’enthousiasme pour la vie plutôt que la mort assistée comme option pour la souffrance psychologique.

Smith a expliqué comment l’Alberta prévoit faire respecter ces restrictions par le biais de règlements professionnels et de permis d’exercice. « Notre pouvoir ici, c’est qu’on ne veut pas payer pour ça, on ne veut pas l’autoriser », a-t-elle déclaré clairement. Les médecins qui pratiquent l’AMM en dehors des règles provinciales feraient face à des sanctions professionnelles obligatoires en vertu de la législation proposée.

La province contrôle des leviers substantiels dans ce différend. La prestation de soins de santé, les permis d’exercice médicaux, la surveillance des ordres professionnels, la police et l’administration de la justice relèvent tous de la compétence provinciale. Smith a souligné que l’Alberta a l’intention d’utiliser tous les outils à sa disposition.

« C’est comme ça qu’on va l’exercer, parce qu’on pense que les gens nous ont dit qu’ils ne veulent pas qu’on emprunte cette voie », a affirmé la première ministre.

Elle a confirmé cette semaine que l’Alberta défendra ces restrictions devant les tribunaux si nécessaire. Si les poursuites échouent, la province pourrait invoquer la clause dérogatoire pour contourner les règlements fédéraux. C’est une manœuvre constitutionnelle importante réservée aux circonstances exceptionnelles.

La conversation radiophonique s’est intensifiée quand Pam, de Calgary, a appelé avec une perspective différente. Elle a fait l’éloge des approches du gouvernement fédéral et espère qu’elles permettront éventuellement les directives anticipées. Ces directives permettent aux personnes ayant reçu un diagnostic de maladie dégénérative de demander l’AMM une fois que leur maladie atteint des niveaux de gravité prédéterminés.

« Je veux pouvoir en profiter si je recevais un diagnostic d’Alzheimer ou de démence », a expliqué Pam. « Je veux vivre. Je ne veux pas juste exister. »

Ses commentaires ont trouvé écho chez bien des gens qui ont des craintes similaires concernant la perte de leurs capacités cognitives. Elle a exprimé un désir de dignité et de contrôle que de nombreux Albertains partagent lorsqu’ils envisagent des avenirs potentiels avec la démence ou la maladie d’Alzheimer.

« L’Alberta, c’est toute une question de liberté », a poursuivi Pam. « Alors je veux la liberté de pouvoir décider par moi-même, établir une directive anticipée avec mon mandataire pour les directives personnelles, et faire respecter mes volontés. »

Smith a remercié l’auditrice mais est restée ferme. Son gouvernement a l’intention de faire marche arrière par rapport aux politiques actuelles sur l’AMM plutôt que de les élargir. Elle a noté que les mesures fédérales ne permettent pas actuellement les demandes anticipées, et que seul le Québec a bougé dans cette direction.

« Le Québec va vers l’étape dont vous parlez, mais ils vont en dehors des dispositions du code criminel qu’a articulées le gouvernement fédéral », a répondu Smith.

La première ministre a consulté la Dre Ramona Coelho, médecin de famille qui siège au comité d’examen de l’AMM de l’Ontario. Coelho a exprimé de sérieuses préoccupations concernant les procédures actuelles partout au Canada. Elle croit que l’AMM devrait demeurer exceptionnelle, réservée strictement aux situations de fin de vie.

Dans une lettre publiée vendredi par Postmedia, Coelho a décrit des tendances troublantes. « Les examens du coroner et les analyses de cas à travers le pays ont identifié des cas où les évaluations de la capacité étaient brèves ou mal documentées, où les préoccupations des familles ont été mises de côté », a-t-elle écrit.

Sa lettre décrivait des situations où des patients ont reçu des évaluations virtuelles sans examens complets de leurs dossiers. Certains ont reçu des soins palliatifs minimaux ou complètement absents avant d’accéder à l’AMM. Ces lacunes procédurales soulèvent des questions légitimes sur les mesures de protection des personnes vulnérables.

Les statistiques d’Alberta Health Services montrent que l’utilisation de l’AMM grimpe régulièrement depuis sa légalisation en 2016. La province a enregistré 1 242 décès assistés médicalement en 2023, plus du double des 594 décès en 2021.

Les statistiques fédérales indiquent que l’âge médian des bénéficiaires de l’AMM en Alberta en 2024 était de 76,3 ans, en ligne avec les autres provinces. Le cancer comptait pour 702 cas, tandis que les conditions neurologiques représentaient 156 cas. Les problèmes respiratoires ont motivé 95 demandes, les problèmes cardiovasculaires 177, l’insuffisance d’organes 44, et diverses autres conditions 382.

Je couvre les nouvelles de santé partout à Edmonton depuis des années maintenant. Ce débat me semble différent parce qu’il touche quelque chose de profondément intime. Les gens veulent avoir leur mot à dire sur leurs derniers chapitres tout en craignant que des personnes vulnérables puissent faire face à de la pression ou à un soutien inadéquat.

En me promenant dans les hôpitaux et les établissements de soins d’Edmonton, j’ai été témoin des deux perspectives. Des patients en phase terminale qui cherchent une fin paisible dans la dignité. Des familles reconnaissantes d’avoir eu plus de temps après un désespoir initial. Des Albertains âgés qui naviguent dans des systèmes de santé complexes qui parfois leur font défaut.

L’affrontement constitutionnel qui se prépare entre l’Alberta et Ottawa représente plus qu’un positionnement politique. Il reflète des valeurs véritablement conflictuelles concernant la vie, la mort, la souffrance, l’autonomie et la responsabilité collective. Aucun des deux camps ne manque de compassion ou de sincérité.

La position de Smith met l’accent sur la protection des personnes vulnérables contre une mort prématurée lorsque le rétablissement demeure possible. Ses critiques mettent l’accent sur l’autonomie personnelle et la prévention de la souffrance prolongée. Les deux préoccupations méritent une considération sérieuse de la part de quiconque écoute vraiment.

Alors que cette législation progresse à l’Assemblée législative de l’Alberta, les résidents d’Edmonton devraient y porter une attention particulière. Ces décisions façonneront les options de fin de vie pour nous-mêmes, nos parents et nos communautés pour les années à venir. La conversation que Pam a lancée lors de l’émission de radio de samedi mérite d’être poursuivie dans les salons et les cafés de notre ville.

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