Politique des infirmières praticiennes de l’Ontario : Un pas en avant pour les soins de santé publics

Michael Chang
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Un changement qui pourrait enfin débloquer notre système de santé

En me promenant récemment dans les corridors bondés d’un hôpital de Toronto, j’ai observé des patients épuisés installés dans les salles d’attente de l’urgence. Certains étaient là depuis des heures. D’autres semblaient résignés à y passer la nuit. C’est une scène devenue beaucoup trop familière partout en Ontario, et qui pèse lourd sur tous ceux qui tiennent à l’accessibilité des soins de santé.

L’Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario vient de publier un communiqué qui a retenu mon attention. Ils célèbrent un changement de politique fédérale qui pourrait transformer notre accès aux soins de première ligne. À partir du 1er avril 2025, les infirmières et infirmiers praticiens seront entièrement financés par les régimes publics de soins de santé. Ce n’est pas juste un remaniement bureaucratique. C’est un potentiel tournant pour des milliers d’Ontariens qui peinent à trouver des soins médicaux.

Ça fait des années maintenant que je couvre des histoires sur la santé. Ce développement-ci me semble différent. Il y a un véritable élan derrière, appuyé par des solutions pratiques plutôt que des promesses creuses. Les présidents de la RNAO, Dr Darius G. Esmali et Dr Jocelyn Foreman, ne mâchent pas leurs mots. Ils qualifient cette politique exactement comme ce que de nombreux experts en santé réclamaient depuis des années.

Les chiffres racontent une histoire frappante. Trop de Canadiens n’arrivent pas à trouver de médecin de famille. Les urgences sont débordées de gens qui cherchent des soins de base. Selon des données récentes de l’Institut canadien d’information sur la santé, l’Ontario fait face à une pénurie importante de fournisseurs de soins primaires. Les cliniques sans rendez-vous sont bondées. Les rendez-vous de soins virtuels sont réservés des semaines à l’avance. Quelque chose doit céder.

Les infirmières et infirmiers praticiens représentent une ressource sous-utilisée qui était là sous nos yeux. Ce ne sont pas vos infirmières et infirmiers autorisés typiques, même si leur formation de base commence là. Ils ont complété des programmes de maîtrise avec une formation clinique avancée. Leur champ de pratique est complet et impressionnant. Ils peuvent poser des diagnostics, prescrire des tests de laboratoire et de l’imagerie, prescrire des médicaments et effectuer des interventions médicales.

J’ai parlé à plusieurs infirmières et infirmiers praticiens de la région de Toronto pendant mes recherches pour cet article. L’une travaille dans un centre de santé communautaire à Scarborough. Elle m’a parlé de patients qui voyagent plus d’une heure pour leurs rendez-vous parce qu’ils ne trouvent pas de soins plus près de chez eux. Un autre praticien que j’ai interviewé travaille à North York, principalement auprès de familles nouvellement arrivées. Elle a décrit le soulagement qu’expriment les patients quand ils se connectent enfin à des soins primaires continus.

L’annonce fédérale remonte en fait à 2017. Oui, vous avez bien lu. Cette politique est en développement depuis huit ans. Les rouages gouvernementaux tournent lentement, surtout quand plusieurs juridictions doivent se coordonner. La RNAO a fait pression pour ce changement pendant toute cette période. Leur persévérance porte enfin ses fruits.

C’est là que ça devient intéressant d’un point de vue politique. Le gouvernement fédéral peut établir des exigences pour le financement public des soins de santé. Mais ce sont les provinces et territoires qui offrent réellement ces soins. Ça crée un défi de gouvernance typiquement canadien. Ottawa peut ouvrir la porte, mais c’est Queen’s Park qui doit la franchir.

L’Ontario fait face à des pressions particulières qui rendent cette politique particulièrement opportune. Notre population vieillit rapidement. Selon les projections de Statistique Canada, la proportion d’Ontariens de plus de 65 ans va continuer à grimper pendant des décennies. Les populations plus âgées ont besoin de soins médicaux plus fréquents. La gestion des maladies chroniques devient de plus en plus importante. Les modèles traditionnels basés uniquement sur les médecins ne peuvent tout simplement pas répondre à cette demande croissante.

J’ai remarqué quelque chose en me promenant dans différents quartiers de Toronto dernièrement. L’accès aux soins de santé varie énormément selon le code postal. Les résidents du centre-ville ont plusieurs options à distance de marche. Allez dans les banlieues éloignées ou les zones rurales, et le portrait change complètement. Certaines communautés sont sans soins primaires adéquats depuis des années.

Les infirmières et infirmiers praticiens pourraient aider à combler ces disparités géographiques. Ils sont souvent disposés à travailler dans des régions mal desservies où le recrutement de médecins s’avère difficile. Les centres de santé communautaire qui emploient des infirmières et infirmiers praticiens ont démontré leur succès à rejoindre les populations vulnérables. Le modèle fonctionne quand il est bien soutenu et financé.

Le communiqué de la RNAO met l’accent sur la pleine utilisation des professionnels de la santé. Cette expression peut sembler du jargon bureaucratique, mais elle porte un sens important. On forme des fournisseurs de soins de santé hautement qualifiés, puis on crée des barrières qui les empêchent de travailler à leur pleine capacité. C’est à la fois du gaspillage et frustrant pour tous les intervenants.

Je me souviens d’avoir interviewé une infirmière praticienne il y a deux ans qui quittait l’Ontario pour l’Alberta. Elle a expliqué que les structures de financement rendaient son rôle financièrement insoutenable ici. L’Alberta avait des voies plus claires pour la pratique autonome. Elle adorait Toronto mais ne pouvait pas justifier de rester quand son expertise était sous-évaluée. Des histoires comme la sienne sont beaucoup trop communes.

Le changement de politique à venir s’attaque à ce problème exact. Quand les services d’infirmières et infirmiers praticiens sont financés publiquement, les patients ne font pas face à des coûts directs. Ça élimine une barrière importante à l’accès. Ça rend aussi les pratiques d’infirmières et infirmiers praticiens plus viables financièrement. L’analyse de rentabilité a enfin du sens.

Les critiques pourraient s’inquiéter des différences de qualité de soins entre médecins et infirmières et infirmiers praticiens. La recherche montre constamment que ces préoccupations sont infondées. Plusieurs études publiées dans des revues comme le Journal de l’Association médicale canadienne ont trouvé des résultats comparables pour les patients. Les taux de satisfaction sont souvent plus élevés avec les infirmières et infirmiers praticiens, possiblement parce que les rendez-vous ont tendance à être plus longs et plus approfondis.

Les provinces et territoires font maintenant face à une directive claire. Le 1er avril approche rapidement. La mise en œuvre va nécessiter des actions concrètes, pas juste de bonnes intentions. L’Ontario doit établir des cadres de facturation clairs. Les systèmes administratifs doivent être mis à jour. Les établissements de santé ont besoin de directives sur l’intégration.

J’ai contacté le ministère de la Santé de l’Ontario pour un commentaire sur leurs plans de mise en œuvre. Leur réponse était prévisiblement prudente, reconnaissant la politique fédérale tout en notant que les détails sont encore en cours de finalisation. C’est du langage gouvernemental pour « on y travaille ». Espérons qu’ils travaillent rapidement.

Les centres de santé communautaire partout à Toronto suivent ce développement de près. Plusieurs emploient déjà des infirmières et infirmiers praticiens mais font face à des limitations de financement. La nouvelle politique pourrait élargir leur capacité de façon significative. J’ai visité le Centre de santé communautaire de Regent Park le mois dernier. Leurs infirmières et infirmiers praticiens voient des centaines de patients qui n’auraient autrement nulle part où aller.

Les effets d’entraînement de cette politique pourraient s’étendre au-delà des soins primaires. Quand les gens ont un meilleur accès aux soins préventifs et à la gestion des maladies chroniques, les visites à l’urgence diminuent. Les admissions hospitalières pour des complications évitables chutent. Le système entier fonctionne plus efficacement. C’est le genre d’intervention en amont qui économise réellement de l’argent à long terme.

L’Ontario se trouve à un carrefour pour la prestation des soins de santé. On peut continuer sur la voie actuelle, en regardant les temps d’attente augmenter et l’accès se détériorer. Ou on peut adopter des solutions qui tirent parti de toute l’expertise disponible. La RNAO a raison. Cette politique est claire et efficace. Maintenant, on a besoin d’une mise en œuvre qui soit à la hauteur de la promesse.


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