J’ai vu passer pas mal de choses dans les rues d’Ottawa au fil des années à couvrir cette ville. Mais regarder un bâtiment de 90 ans rouler dans la rue, ça ne vieillit jamais.
La station-service patrimoniale Champlain Oil s’apprête à faire son deuxième voyage de l’autre côté du chemin Richmond. Quatre roues motorisées géantes vont transporter toute la structure là où elle doit être. Cette fois-ci, elle rentre chez elle pour de bon.
Ahmed Zayed dirige le développement et la construction pour Trinity Group. Il a expliqué ce qui rend ce déplacement si spécial. Le bâtiment au complet voyage ensemble, toit et tout. Rien n’est démantelé ou laissé derrière.
La petite station-service a d’abord quitté son emplacement en juin 2024. Les promoteurs avaient besoin d’espace pour construire le complexe d’appartements The Parkstone. Mais tout le monde s’était entendu pour que le bâtiment historique revienne une fois la construction terminée.
Ce moment arrive le 31 mars à 19 h. Les travailleurs vont guider lentement la structure de l’autre côté de la rue. Elle retourne exactement à son emplacement d’origine au 70, chemin Richmond.
Jeff Leiper représente le quartier Kitchissippi au conseil municipal. La station-service se trouve dans son secteur. Il se souvient vividement du premier déplacement.
Plus de 20 résidents s’étaient présentés pour regarder la dernière fois. Leiper s’attend à une autre foule quand le bâtiment fera son voyage de retour. Il trouve tout l’exploit d’ingénierie remarquable.
La structure reste parfaitement de niveau pendant qu’elle se déplace. Des roues et des essieux géants supportent le poids. Un renforcement interne garde tout stable. C’est pas tous les jours qu’on voit un bâtiment traité comme un meuble.
J’ai couvert en masse d’histoires de préservation patrimoniale dans cette ville. Celle-ci se démarque parce que tout le monde a vraiment travaillé ensemble. Les promoteurs, les défenseurs du patrimoine et les fonctionnaires municipaux ont trouvé un terrain d’entente.
La station-service Champlain Oil Company a ouvert en 1934. Ça lui fait plus de 90 ans maintenant. Le petit bâtiment en stuc a une forme irrégulière qui attire l’œil.
Peu de stations-service d’avant la Deuxième Guerre mondiale survivent à Ottawa. Celle-ci le fait parce qu’elle représente quelque chose d’important. Elle marque une époque où la possession d’une auto commençait à devenir normale pour les familles ordinaires.
Le chemin Richmond a joué un rôle énorme dans la croissance d’Ottawa. Les petits villages à l’ouest de Bytown dépendaient de cette route. Elle servait d’autoroute principale vers la ville.
Trinity Group a dû soumettre une Étude d’impact sur le patrimoine. C’est la procédure standard quand un développement menace des bâtiments historiques. Le rapport examine la valeur culturelle et propose des mesures de protection.
L’énoncé a confirmé ce que plusieurs soupçonnaient. Cette petite station-service raconte une grande histoire sur comment les villes d’Amérique du Nord se sont développées autour de l’automobile.
Leiper voit le bâtiment comme une capsule témoin. Les gens s’arrêtaient ici pour faire le plein, faire des réparations et prendre une pause. Des stations-service comme celle-ci ont façonné la croissance de notre ville.
Les défenseurs du patrimoine ont approché Leiper après son élection en 2014. Ils voulaient que la station-service soit officiellement désignée comme propriété patrimoniale. Ça a créé un peu de tension au début.
Les propriétaires résistent parfois aux désignations patrimoniales. Les règles limitent ce qu’on peut faire avec les bâtiments désignés. Mais Leiper a poussé de l’avant avec l’appui du personnel municipal.
En regardant en arrière maintenant, il pense que ça s’est super bien passé. Le bâtiment patrimonial a survécu. Le projet de développement a procédé. Les deux côtés ont eu ce dont ils avaient besoin.
La station-service pourrait en fait bénéficier de sa nouvelle position. Quand The Parkstone sera fini, la structure historique va être située de façon plus proéminente. Elle ne va plus se cacher au fond d’un stationnement.
Leiper voit ça comme un gain pour tout le monde. Les défenseurs du patrimoine ont sauvé un bâtiment important. Les promoteurs ont construit leur complexe d’appartements. Le compromis a protégé l’histoire sans bloquer le progrès.
Un espace commercial semble probable pour la station-service de retour. L’usage exact n’a pas encore été annoncé. Mais la taille et l’emplacement du bâtiment conviennent à de petits usages commerciaux.
En attendant, la construction a perturbé le secteur pendant des mois. Le trottoir côté sud est resté fermé tout au long du projet. Les piétons ont dû trouver des routes alternatives.
Les conducteurs ont aussi perdu une partie de la chaussée. Le traffic s’est comprimé dans un corridor plus étroit. Leiper sait que les voisins vont être contents de récupérer cet espace.
The Parkstone approche de la fin maintenant. Bientôt le trottoir va rouvrir. Le traffic va circuler normalement à nouveau. Et cette petite station-service originale va retourner à sa place légitime.
J’ai passé devant ce coin en masse de fois en chassant des histoires à travers la ville. L’espace vide où la station-service était toujours paru wrong. Comme une dent manquante dans un sourire autrement complet.
Regarder des bâtiments patrimoniaux disparaître me dérange plus en vieillissant. Ottawa perd des morceaux de son caractère à chaque année. C’est pour ça que les histoires de préservation réussies comptent tellement.
Ce projet montre ce qui est possible quand les gens approchent les problèmes de façon créative. Personne n’a eu à choisir entre l’histoire et le logement. Les ingénieurs ont trouvé comment honorer les deux.
L’exploit technique m’impressionne aussi. Déplacer un bâtiment de 90 ans sans l’endommager, ça prend du sérieux savoir-faire. La structure maintient son intégrité à travers deux relocalisations majeures.
Les résidents qui vont se rassembler pour regarder le 31 mars vont être témoins de quelque chose de rare. Les bâtiments restent normalement sur place ou se font démolir. Ils vont pas se promener le soir sur des rues achalandées.
Leiper prévoit être là. Je vais probablement me pointer aussi. C’est pas tous les jours qu’on voit un morceau du passé d’Ottawa littéralement se déplacer vers le futur.
La station Champlain Oil a survécu parce qu’assez de gens s’en souciaient. Les défenseurs ont parlé. Le personnel municipal a écouté. Les promoteurs ont adapté leurs plans. Cette collaboration a sauvé quelque chose qui valait la peine d’être gardé.
Le chemin Richmond va avoir l’air plus complet une fois que la station-service se sera installée chez elle. Le paysage de rue va regagner un point de repère distinctif. Et Ottawa va garder une connexion de plus avec son histoire automobile.
Notre ville change constamment. De nouveaux bâtiments se lèvent pendant que les vieux tombent. Mais occasionnellement, si on est chanceux et persistants, on réussit à garder les meilleures parties de ce qui est venu avant.