L’avocat d’Ottawa soulève des préoccupations concernant la confidentialité du projet de loi C-22

Sara Thompson
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Un projet de loi sur la surveillance qui devrait inquiéter tous les Canadiens

Ça fait plus de vingt ans que je couvre la politique dans cette ville, pis j’ai appris que les lois les plus dangereuses sont souvent celles qui sont introduites avec les meilleures intentions. Le projet de loi C-22 suit exactement ce pattern-là.

La nouvelle législation fédérale sur l’accès légal a débarqué sur la Colline parlementaire le mois passé, pis ça cause déjà pas mal d’inquiétude chez les défenseurs de la vie privée. Michael Geist, un professeur de droit respecté à l’Université d’Ottawa, ne mâche pas ses mots sur ce que ce projet de loi pourrait vouloir dire pour les Ottaviens et tous les Canadiens.

Le projet de loi C-22 donnerait aux forces de l’ordre et au Service canadien du renseignement de sécurité de nouveaux pouvoirs pour accéder à nos informations privées. Certains de ces pouvoirs nécessiteraient un mandat, mais d’autres non. Le projet de loi permet à la police d’approcher les compagnies de télécommunications et de simplement demander si quelqu’un est un client avant d’obtenir un mandat pour une enquête plus approfondie.

Le ministre de la Sécurité publique Gary Anandasangaree argue que le Canada a pris du retard sur ses alliés dans la lutte contre le crime moderne. Il a dit aux journalistes à la mi-mars que les criminels utilisent les mêmes outils numériques qu’on a tous dans nos poches. Ils commettent du blanchiment d’argent, des abus sexuels en ligne, de l’extorsion, de la fraude et de la traite des personnes à travers les frontières.

Le chef de la police d’Ottawa Eric Stubbs est d’accord. Il dit que les détectives ont besoin d’ordonnances de communication pour la plupart des enquêtes maintenant, pis le processus est lent et compliqué. Le crime moderne implique des téléphones, des apps, des comptes en ligne, des plateformes de messagerie et du stockage sur le cloud opéré par plusieurs compagnies dans plusieurs pays.

Stubbs insiste que c’est pas une question de pouvoirs sans contrôle. C’est de s’assurer que le système fonctionne quand la police a des motifs légaux et une autorisation judiciaire. Le crime a changé plus vite que les lois sur lesquelles la police se fie, il a expliqué.

Mais Geist voit une histoire différente qui se déroule. Il croit que le projet de loi C-22 pourrait carrément violer la Charte des droits et libertés. Ça, ça compte parce que des lois inconstitutionnelles aident personne, ni les forces de l’ordre ni les défenseurs de la vie privée.

Le système actuel exige que la police d’Ottawa prouve qu’elle a des motifs raisonnables de croire qu’elle a besoin des informations de quelqu’un pour une enquête criminelle. Le projet de loi C-22 baisse cette barre de façon significative. Sous le nouveau projet de loi, la police aurait seulement besoin de motifs raisonnables de soupçonner qu’un crime est sur le point de se produire.

Geist appelle ça la norme la plus basse dans le droit criminel canadien. Les forces de l’ordre utilisent la norme actuelle depuis des années pour obtenir des informations sur des centaines de milliers d’abonnés. Il se demande s’il y a vraiment un problème qui a besoin d’être réglé.

J’ai assisté à assez de débats législatifs pour savoir que baisser les normes de preuve, c’est une pente glissante. Une fois que ces protections disparaissent, les récupérer devient quasiment impossible.

Les dispositions sur les métadonnées inquiètent Geist encore plus. Le projet de loi C-22 forcerait les compagnies de télécommunications à stocker les métadonnées des clients pour une année complète. Ça inclut les informations de localisation des appareils qui pourraient tracer les mouvements d’une personne en continu.

Si ça devient une loi, ce serait la première du genre au Canada. Les fournisseurs sans fil devraient divulguer les informations de localisation pour chaque abonné pour jusqu’à un an. Vu que la plupart des gens gardent leur téléphone avec eux en permanence, ces données tracent partout où ils vont.

Pensez-y une minute. Chaque café que vous visitez, chaque rendez-vous médical auquel vous assistez, chaque maison d’ami où vous passez. Tout ça tracé et stocké pendant douze mois.

Geist argue que ça crée des risques massifs pour la vie privée de l’écrasante majorité des Canadiens qui ne seront jamais sujets d’une enquête. Le gouvernement collecte essentiellement les données de tout le monde au cas où ils auraient besoin de cibler un individu.

D’autres pays ont essayé des approches similaires pis ont échoué. L’Union européenne a introduit une directive sur la conservation des données en 2006. La Cour de justice de l’Union européenne l’a annulée huit ans plus tard parce que c’était une ingérence disproportionnée dans les droits fondamentaux.

L’exigence de métadonnées était même pas dans le projet de loi C-2, la version antérieure de cette législation. C’est un nouvel ajout que Geist dit mine sérieusement toute tentative de recalibrer l’équilibre de la vie privée.

Les brèches de sécurité font pas de discrimination entre les citoyens respectueux des lois et les criminels. Quand les compagnies de télécommunications stockent des quantités massives d’informations personnelles sensibles, tout le monde devient vulnérable.

Geist souligne que l’utilisation abusive devient plus facile quand les données existent. Les attaques de phishing, l’accès non autorisé et d’autres menaces de sécurité se multiplient. Une fois que les données sont conservées pendant de longues périodes, le potentiel d’abus croît de façon exponentielle.

J’ai couvert assez d’histoires de violations de données pour savoir qu’aucun système est complètement sécurisé. Exiger que les compagnies stockent un an de données de localisation sur des millions de Canadiens crée un trésor pour les hackers.

Alors pourquoi les Ottaviens spécifiquement devraient se soucier de ce projet de loi? La vie privée est un droit fondamental au Canada, Geist souligne. Quand on mine ces principes, tout le monde subit les conséquences.

Les résidents d’Ottawa incluent des employés du gouvernement, des diplomates, des journalistes, des activistes et des familles ordinaires. Les dispositions de suivi de localisation pourraient exposer des mouvements et des associations sensibles. Un an de données révèle des patterns sur qui on rencontre, où on prie et quelles organisations on supporte.

Geist fait un point que j’aimerais que plus de politiciens considèrent. Les forces de l’ordre devraient être considérées comme un lobby avec un intérêt particulier dans un résultat spécifique. Leur perspective compte, mais ça devrait pas être la seule voix dans ce débat.

Il aimerait voir moins d’encouragement et plus de preuves de la part de la police. Les forces de l’ordre parlent souvent d’avoir besoin de ces pouvoirs, mais ils fournissent moins de preuves concrètes sur des instances où le système actuel les a fait échouer.

J’ai assisté à d’innombrables conférences de presse où des officiels promettent que les nouveaux pouvoirs de surveillance seront utilisés de façon responsable seulement. Ces promesses sonnent creux quand le cadre légal permet une application beaucoup plus large.

Le Service de police d’Ottawa fait un travail important pour garder les communautés sécuritaires. Personne conteste ça. Mais la sécurité publique et la vie privée sont pas des valeurs mutuellement exclusives. Trouver le bon équilibre demande une considération prudente, pas une législation rushée.

Le projet de loi C-22 représente une expansion significative des capacités de surveillance de l’État. Ça baisse les normes de preuve, crée de nouvelles exigences de conservation de données et viole potentiellement les protections constitutionnelles.

Geist croit que des dispositions dans ce projet de loi seront ultimement annulées par les tribunaux. Ce résultat aide personne. Les forces de l’ordre obtiendront pas les outils dont ils prétendent avoir besoin, pis les Canadiens verront leur vie privée violée en attendant.

Le projet de loi fait présentement son chemin à travers le processus législatif. Les députés vont débattre de ses mérites et entendre des témoins. Les Ottaviens qui se soucient de la vie privée devraient porter attention et faire entendre leur voix.

Cette ville a une responsabilité particulière dans ces débats. On est la maison des institutions qui créent et appliquent ces lois. Notre compréhension de comment le pouvoir fonctionne devrait nous rendre spécialement vigilants sur la protection des droits fondamentaux.

J’ai appris au fil des années que le meilleur journalisme pose des questions inconfortables. Est-ce que le projet de loi C-22 résout vraiment un vrai problème, ou est-ce qu’il en crée des nouveaux? Est-ce que les forces de l’ordre ont démontré que les normes actuelles les empêchent de faire leur travail efficacement?

Ces questions méritent des réponses complètes avant que le Parlement accorde de nouveaux pouvoirs de surveillance étendus. L’équilibre entre la sécurité et la vie privée définit le genre de société dans laquelle on veut vivre.


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