Titre Exploration de la Culture des Commotions et Son Impact sur les Athlètes de Montréal

Amélie Leclerc
16 Min Read

Je me souviens encore d’être assis au bord de la patinoire du Centre Bell l’hiver dernier, regardant un joueur du Canadien recevoir une mise en échec brutale le long de la bande. La foule s’est tue. Tout le monde semblait retenir son souffle, attendant de voir s’il allait se relever. Cette anxiété collective révèle quelque chose de profond sur la façon dont notre relation avec le sport a changé ici à Montréal et partout en Amérique du Nord.

On a fait du chemin depuis l’époque où on s’attendait à ce que les joueurs encaissent les blessures à la tête sans broncher. Pourtant, malgré une sensibilisation accrue, la culture entourant les commotions cérébrales dans le sport demeure profondément troublante. Les athlètes subissent encore une pression énorme pour jouer malgré la douleur, souvent au détriment de leur santé et de leur bien-être à long terme.

Les commotions cérébrales sont des traumatismes crâniens légers causés par des coups à la tête. Les symptômes incluent des maux de tête, des nausées, de la fatigue, une vision floue, de la confusion et des pertes de mémoire. Contrairement à une fracture, ces blessures demeurent invisibles aux yeux des observateurs et des coéquipiers.

Victoria D’Amours, ancienne patineuse artistique compétitive de Montréal, m’a clairement expliqué ce défi de détection. « Si tu te casses la cheville, ta cheville va être enflée et bleue », m’a-t-elle dit. « On ne peut pas nier qu’il y a une blessure quelconque. Mais avec une commotion cérébrale, ce ne sont pas des symptômes qu’on peut voir. »

Cette invisibilité crée des situations dangereuses. Les athlètes peuvent minimiser leurs symptômes ou les cacher complètement aux entraîneurs et au personnel médical. Le désir compétitif de retourner au jeu l’emporte souvent sur le bon sens et l’instinct de survie.

La conversation autour des blessures à la tête dans le sport professionnel a explosé au début des années 2010. Le Dr Bennet Omalu a d’abord observé l’encéphalopathie traumatique chronique chez des joueurs décédés de la NFL qui s’étaient enlevé la vie. Sa découverte a changé tout ce qu’on croyait savoir sur les sports de contact.

En 2012, la NFL faisait face à des poursuites représentant plus de 2 000 joueurs. Ils accusaient la ligue de négligence et de ne pas les avoir avertis des risques de lésions cérébrales à long terme. Le règlement a atteint 765 millions de dollars. Ce n’est qu’en 2016 qu’un haut responsable de la NFL a finalement reconnu le lien entre le football et les troubles cérébraux dégénératifs.

Le fait qu’il ait fallu plusieurs suicides de joueurs et des études sur le cerveau pour obtenir cette reconnaissance me trouble profondément. Combien d’athlètes ont souffert en silence avant que le monde du sport prenne ces blessures au sérieux?

L’encéphalopathie traumatique chronique représente l’aspect le plus effrayant des traumatismes crâniens répétés. Cette maladie dégénérative du cerveau tue graduellement les cellules nerveuses au fil du temps. Il n’y a pas de remède. Le diagnostic se fait seulement après la mort par examen du cerveau.

Les symptômes incluent la perte de mémoire, les comportements impulsifs, la dépression, les pensées suicidaires, l’abus de substances et des problèmes de mouvement. Une étude de 2017 a examiné les cerveaux de 111 joueurs décédés de la NFL. De façon choquante, 110 montraient des signes d’encéphalopathie traumatique chronique.

La maladie n’affecte pas seulement les joueurs de football. Les boxeurs font face à des risques importants en raison des impacts répétés à la tête. Les joueurs de hockey, les joueurs de soccer et les athlètes de nombreux autres sports font tous face à des conséquences potentielles à long terme.

Des recherches du CTE Center de l’Université de Boston ont révélé quelque chose de crucial. La maladie découle de blessures à la tête cumulatives au fil du temps, pas seulement des collisions spectaculaires qu’on voit dans les faits saillants. Ça veut dire que prévenir les gros coups n’est pas suffisant. On doit s’attaquer aux petits impacts répétés que les athlètes absorbent tout au long de leur carrière.

Ici à Montréal, j’ai parlé avec des athlètes locaux de leurs expériences. Èvelyn Parry, gardienne de but de l’équipe de soccer féminin de l’Université Concordia, a subi deux commotions cérébrales. Elle a décrit les séquelles psychologiques avec une honnêteté frappante.

« Une chose que les athlètes font, dans tous les aspects de notre vie, c’est que si on n’en parle pas, ça n’existe pas », a expliqué Parry. « Les commotions cérébrales, c’est un peu la même chose où il y a un stigmate à ce sujet. Si je l’ignore ou ne fais pas vraiment face à la vérité, alors ce n’est pas vrai, ce n’est pas réel. »

Trois mois après sa deuxième commotion, l’équipe de Parry a pratiqué le même exercice qui avait causé sa blessure. « Mon corps a vraiment eu une réaction », a-t-elle dit. « J’avais réalisé que je me retenais un peu à cause de cette peur que cette blessure se reproduise. »

Cette réponse traumatique s’étend au-delà des athlètes professionnels. Un sondage récent a révélé que 19,5 pour cent des joueurs de la NFL ont admis avoir caché des symptômes de commotion cérébrale aux médecins. Aux niveaux inférieurs de football, ce chiffre a grimpé à 26 pour cent.

La pression vient de plusieurs directions. Les entraîneurs poussent parfois les joueurs à revenir trop rapidement. Brian Daboll, ancien entraîneur-chef des Giants de New York, a même interrompu le protocole de commotion cérébrale du quart-arrière Jaxson Dart pour lui demander s’il pouvait continuer à jouer. Ce genre de comportement envoie un message dangereux aux athlètes à tous les niveaux.

Parfois, la pression vient de l’intérieur. Les athlètes se poussent eux-mêmes à jouer malgré les blessures parce qu’ils craignent de perdre leur position ou de décevoir leurs coéquipiers. La mentalité compétitive qui fait exceller quelqu’un dans le sport peut devenir sa plus grande vulnérabilité.

D’Amours a offert une perspective que chaque jeune athlète devrait entendre. « Quand t’es un athlète en croissance, tout ce qui t’importe c’est ton sport », a-t-elle dit. « Mais il y a une vie après le sport. La vie que tu vas vivre une fois que ton sport est terminé est, on l’espère, plus longue que le temps que tu as passé avec ton sport. »

Les sports pour jeunes présentent des défis supplémentaires. D’Amours a souligné que les adultes pourraient ne pas croire les jeunes athlètes qui rapportent des symptômes de commotion cérébrale. Les symptômes peuvent sembler génériques ou exagérés aux yeux d’entraîneurs ou de parents sceptiques.

Les sports de contact ne sont pas la seule préoccupation. Adrien Chaput, ancien joueur de flag football au Collège Marianopolis ici à Montréal, a subi plusieurs blessures à la tête en jouant au flag football et au basketball. Ni l’un ni l’autre sport n’implique typiquement de casques ou de contact violent.

Six mois après sa première commotion, Chaput a cru avoir subi une blessure mineure à la tête. Ses symptômes originaux sont revenus immédiatement et se sont intensifiés. Les médecins lui ont diagnostiqué un syndrome post-commotionnel, où les symptômes persistent beaucoup plus longtemps que prévu.

Aujourd’hui, Chaput lutte encore avec des étourdissements et une mauvaise qualité de sommeil. « Ça limite ma participation et ma capacité d’apprendre au même niveau dans les sports et à l’école », m’a-t-il dit. Il a également exprimé sa frustration envers des médecins qui semblaient le prendre à la légère parce qu’il n’était pas un athlète professionnel.

D’Amours était d’accord pour dire que n’importe quel sport comporte un risque de commotion cérébrale. « En réalité, tu peux avoir une commotion cérébrale juste en tombant sur tes fesses », a-t-elle expliqué à partir de son expérience en patinage artistique.

La LNH a élargi ses protocoles de commotion cérébrale et étendu la Règle 48 en 2011 pour interdire toutes les mises en échec illégales à la tête. La NFL a mis à jour ses protocoles de commotion cérébrale en 2022 et modifié ses règles de botté d’envoi en 2024. Ces changements représentent un progrès mais pourraient ne pas s’attaquer au problème sous-jacent des impacts cumulatifs.

Des recherches sur les joueurs de soccer ont révélé que les commotions cérébrales représentent sept pour cent de toutes les blessures dans le soccer international féminin. Dans le soccer international masculin, ce chiffre tombe à trois pour cent. Ces statistiques soulèvent des questions importantes sur la façon dont différentes populations vivent et rapportent les blessures à la tête.

En me promenant dans les complexes sportifs de Montréal et en regardant le hockey junior dans les arénas du quartier, je pense à tous ces jeunes athlètes qui absorbent des impacts sans comprendre pleinement les risques. Les parents encouragent depuis les gradins, les entraîneurs dessinent des jeux, et les enfants rêvent de se rendre dans les ligues professionnelles.

D’Amours a suggéré que l’éducation devrait se concentrer sur la reconnaissance et les protocoles appropriés plutôt que sur les tactiques de peur. « Je pense qu’on doit cibler nos efforts sur la reconnaissance des signes et s’assurer que les protocoles appropriés sont mis en place », a-t-elle dit. « Les gens doivent être dirigés vers les bonnes ressources. »

Le défi réside dans le changement de la culture athlétique elle-même. La mentalité qui célèbre le fait de jouer malgré la douleur et rejette les blessures invisibles met les athlètes en danger. Tant qu’on ne changera pas fondamentalement notre façon de valoriser la santé à long terme plutôt que la performance à court terme, les athlètes continueront de souffrir en silence.

Les professionnels de la santé ont besoin d’une meilleure formation pour reconnaître et traiter les commotions cérébrales chez les athlètes non professionnels. L’expérience de Chaput avec des médecins dédaigneux ne devrait pas être normale. Chaque athlète mérite des soins complets, peu importe son niveau compétitif.

Les ligues sportives doivent continuer à faire évoluer leurs protocoles de sécurité en fonction des recherches émergentes. Les casques protecteurs et les règles modifiées de botté d’envoi représentent des pas en avant, mais on a besoin d’un engagement soutenu envers la sécurité des joueurs plutôt que la valeur de divertissement et le profit.

Les parents et les entraîneurs portent aussi une responsabilité. Créer des environnements où les jeunes athlètes se sentent en sécurité de rapporter leurs symptômes nécessite un effort conscient. Quand on célèbre la ténacité avant tout, on enseigne aux enfants à ignorer les signaux d’alarme de leur corps.

Je couvre le sport montréalais depuis des années et j’ai été témoin de réalisations athlétiques incroyables. Le dévouement, l’habileté et la passion que les athlètes apportent à leurs sports m’inspirent constamment. Mais rien de tout ça n’a d’importance si on sacrifie leur avenir pour une gloire temporaire.

Les athlètes à qui j’ai parlé ont tous exprimé l’espoir que la sensibilisation continuera de croître. Ils veulent que les générations futures bénéficient des leçons apprises à travers leurs expériences et leurs luttes.

Alors que notre compréhension des blessures cérébrales s’approfondit, on fait face à un choix moral. Est-ce qu’on priorise le spectacle des collisions violentes et de la compétition acharnée? Ou est-ce qu’on valorise la santé à long terme et la qualité de vie des gens qui se consacrent au sport?

La réponse semble évidente quand on considère le coût humain. D’anciens athlètes qui luttent avec la perte de mémoire, la dépression, l’abus de substances et les pensées suicidaires. Des familles qui regardent leurs proches se détériorer à cause d’une maladie sans remède. Des jeunes dont les opportunités éducatives et de carrière diminuent à cause de symptômes persistants.

La culture sportive de Montréal est profondément ancrée. Le hockey, le soccer, le football et d’innombrables autres sports rassemblent nos communautés. On n’a pas besoin d’abandonner le sport, mais on doit l’aborder avec plus de sagesse et de compassion.

La conversation sur les commotions cérébrales a considérablement évolué au cours de la dernière décennie. Pourtant, la sensibilisation seule ne suffit pas. On a besoin de changements systémiques qui protègent les athlètes à tous les niveaux, des ligues juniors aux sports professionnels.

Le rappel de D’Amours sur la vie après le sport résonne puissamment. Les plus grands athlètes du monde finissent par prendre leur retraite. Leurs identités s’étendent au-delà de leur sport. Leurs cerveaux doivent fonctionner pendant des décennies après la fin de leur carrière de joueur.

Tant qu’on n’adoptera pas vraiment cette perspective collectivement, la culture des commotions cérébrales continuera de faire des victimes. Les blessures invisibles continueront de s’accumuler. Et les athlètes continueront de payer des prix qu’ils n’ont jamais pleinement compris quand ils sont entrés sur le terrain pour la première fois.

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