Les experts d’Ottawa exhortent à la réouverture des sites de consommation supervisée face aux préoccupations de sécurité

Sara Thompson
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En se promenant dans Somerset-Ouest ces temps-ci, on remarque que les choses ont changé. Plus de gens qui consomment de la drogue ouvertement sur les trottoirs. Plus d’appels de paramédics qui résonnent dans les rues résidentielles. Plus de rides d’inquiétude sur les visages des parents qui accompagnent leurs enfants à l’école.

C’est ça qui arrive quand on ferme un site de consommation supervisée sans vrai plan pour le remplacer. Ça fait assez longtemps que je couvre la politique à Ottawa pour savoir que les bonnes intentions ne mènent pas toujours à de bons résultats. En ce moment, on voit cette leçon se dérouler en temps réel.

Il y a un an, le gouvernement de l’Ontario a fermé neuf sites de consommation supervisée à travers la province. Le premier à fermer était ici même à Ottawa, au Centre de santé communautaire de Somerset-Ouest. Depuis, le quartier est devenu exactement ce que les experts avaient prédit : moins sécuritaire, pas plus.

La conseillère Ariel Troster représente le quartier Somerset. Elle ne mâche pas ses mots sur ce qu’elle a vu. La fermeture n’a pas éloigné la consommation de drogue des familles et des enfants. Elle l’a rapprochée. Les gens qui consommaient de la drogue dans un environnement médical supervisé le font maintenant dans les ruelles, les parcs et les entrées de porte.

« Je veux vraiment remettre en question l’idée que fermer les sites de consommation supervisée rend les quartiers plus sécuritaires », a dit Troster lors d’une récente conférence de presse. « Ça a en fait rendu mon quartier beaucoup moins sécuritaire. »

Les chiffres lui donnent raison. Gillian Kolla, chercheuse en santé publique à l’Université Memorial à St. John’s, a suivi ce qui s’est passé après la fermeture de ces neuf sites. Les appels d’urgence pour surdoses d’opioïdes ont bondi de près de soixante-dix pour cent. Les visites aux urgences pour la même raison ont augmenté de soixante-sept pour cent.

Pensez-y un instant. On a fermé des installations conçues pour prévenir les surdoses. Puis les surdoses ont augmenté de façon dramatique. C’est pas compliqué comme calcul.

Plus de deux cent cinquante organismes demandent maintenant à la province de faire marche arrière. Des groupes comme le Réseau juridique VIH, le Drug Strategy Network of Ontario et la Coalition canadienne des politiques sur les drogues disent que les preuves sont accablantes. Les sites de consommation supervisée sauvent des vies.

Kolla a souligné quelque chose qui devrait inquiéter quiconque fait attention. Le gouvernement Ford avait accès à une décennie de recherches montrant que ces sites fonctionnent. Ses propres conseillers internes l’avaient averti des conséquences de la fermeture. Il a tout ignoré.

« Le moment et l’ampleur de ces augmentations sont cohérents avec les préoccupations soulevées au moment des fermetures par divers experts en santé publique, y compris leurs propres conseillers internes », a dit Kolla. « Ces tendances sont troublantes et méritent un examen très attentif de la part de la province. »

J’ai passé des années à couvrir les décisions politiques à Queen’s Park. Parfois, les gouvernements prennent des décisions basées sur les données probantes. Parfois, ils prennent des décisions basées sur la politique. Ça ressemble au deuxième cas.

La province dit qu’elle fait la promotion d’un modèle de rétablissement à travers les nouveaux centres HART : des centres de traitement des sans-abri et des dépendances. Ça sonne bien sur papier. Le rétablissement compte. Le traitement compte. Personne ne conteste ça.

Mais voici le problème. Les centres HART ne peuvent pas offrir de services de réduction des méfaits comme l’échange de seringues. Ça veut dire que les gens qui ne sont pas encore prêts pour un traitement n’ont nulle part où aller pour des mesures de sécurité de base. Et beaucoup de ceux qui veulent un traitement se retrouvent quand même sur des listes d’attente.

Rob Boyd dirige Inner City Health à Ottawa, qui opère le site de consommation supervisée La Roulotte au Shepherd’s of Good Hope. Après la fermeture de Somerset-Ouest, il s’attendait à un afflux de nouveaux clients. Ça ne s’est pas produit.

Ça vous dit quelque chose d’important. Les anciens clients de Somerset-Ouest n’ont pas traversé la ville pour trouver un autre site supervisé. Ils ont juste commencé à consommer de la drogue dehors, probablement proche de là où ils vivaient déjà. Des coins cachés. Des ruelles. Des parcs publics.

On a essentiellement déplacé un problème de santé d’un environnement médical contrôlé vers nos quartiers. Puis on fait les surpris quand les quartiers se sentent moins sécuritaires.

Il y a un autre angle ici qui n’attire pas assez l’attention. Les sites de consommation supervisée sont un outil clé de prévention du VIH. Les nouveaux cas de VIH au Canada augmentent à nouveau après des années de déclin. Fermer ces sites et éliminer les échanges de seringues enlève une de nos meilleures défenses contre les infections transmissibles par le sang.

Somerset-Ouest fournissait des seringues propres et une élimination sécuritaire. Maintenant, il ne peut plus. Alors les gens partagent des seringues ou s’en débarrassent de façon inappropriée. Les risques pour la santé se multiplient.

Les défenseurs ne disent pas qu’on devrait abandonner les programmes de rétablissement et de traitement. Ils disent qu’on a besoin des deux. La réduction des méfaits et le rétablissement ne sont pas des opposés. Ce sont des partenaires.

Quelqu’un qui lutte contre la dépendance n’est peut-être pas prêt pour un traitement aujourd’hui. Mais si on le garde en vie et en santé grâce à la réduction des méfaits, il pourrait être prêt demain. Ou le mois prochain. Ou l’année prochaine. Les morts ne se rétablissent pas.

L’autre réalité, c’est que le traitement ne fonctionne pas bien pour les sans-abri sans logement stable. Tu peux pas te concentrer sur devenir sobre quand tu sais pas où tu vas dormir ce soir. Le rétablissement nécessite une stabilité que beaucoup de gens n’ont tout simplement pas.

Je pense aux parents de Somerset-Ouest qui essaient d’expliquer à leurs enfants pourquoi plus de gens consomment de la drogue dans leur rue maintenant. La province pensait que fermer le site supervisé ferait en sorte que les familles se sentent plus en sécurité. Au lieu de ça, ça a rapproché la crise de leur porte.

C’est pas ça, une politique basée sur les données probantes. C’est ça qui arrive quand les gouvernements ignorent la recherche et les conseils d’experts en faveur de messages politiques.

Sept sites de consommation supervisée restent ouverts en Ontario. La province prévoit les fermer eux aussi. Si le pattern se maintient, on va voir les mêmes résultats. Plus de surdoses. Plus d’appels d’urgence. Plus de consommation publique de drogue. Plus de chaos.

Plus d’une décennie de recherche nous dit ce qui fonctionne. Nos propres yeux nous disent ce qui arrive quand on ignore cette recherche. La question, c’est de savoir si Queen’s Park est prêt à écouter.

La conseillère Troster a vu son quartier se débattre pendant un an maintenant. Elle sait ce qui doit arriver. Les experts le savent aussi. Plus de deux cent cinquante organismes ont signé pour demander un changement.

Les preuves sont claires. Le chemin à suivre est clair. Ce qui reste pas clair, c’est de savoir si l’Ontario va choisir les données probantes plutôt que la politique avant que plus de gens meurent et que plus de quartiers deviennent des exemples à ne pas suivre.

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