Débat en Ontario sur l’Avenir des Administrateurs Scolaires face à une Possible Abolition

Michael Chang
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L’Ontario débat l’avenir de ses conseillères et conseillers scolaires

L’Ontario est en pleine discussion en ce moment. Ça parle des trustées des conseils scolaires et si on devrait les garder ou non.

Le ministre de l’Éducation Paul Calandra pense éliminer ces élus. Ce serait un changement majeur. Les parents et les communautés commencent à s’inquiéter. Ils veulent savoir ce qui arrive à leur voix dans les décisions en éducation.

J’ai passé des semaines à parler au monde partout en province. Des profs, des trustées, des professeurs d’université, des parents, des groupes de défense. Tout le monde a quelque chose à dire sur cette affaire.

Les chiffres racontent une partie de l’histoire. L’Ontario compte 72 conseils scolaires qui servent plus de 2,1 millions d’élèves. C’est pas mal de jeunes qui pourraient être touchés.

Huit des plus gros conseils sont maintenant sous supervision provinciale. Six de ces huit sont parmi les plus importants en Ontario. La province est intervenue à cause de problèmes financiers et de gestion.

Mais voilà le truc. Quand les superviseurs prennent le contrôle, les trustées élus perdent leur pouvoir. Les décisions se prennent à huis clos. Les assemblées publiques arrêtent. La participation de la communauté disparaît.

J’ai parlé à Katina Pollock de ce changement. C’est une professeure à Western University qui étudie le leadership en éducation. Elle a été mandatée par l’Association canadienne des commissions/conseils scolaires pour faire une recherche sur la voix locale en éducation.

« Les trustées de conseils scolaires élus servent de mécanisme clé par lequel la voix démocratique locale entre dans la prise de décision au niveau du système », elle m’a dit. « Ils agissent comme un pont important entre les familles, les communautés et le système d’éducation plus large. »

Pollock a regardé ce qui s’est passé dans d’autres provinces. La Nouvelle-Écosse a éliminé les trustées élus en 2018. Ça s’est mal passé. Le monde se sentait exclu des décisions. En 2023, il y avait un mouvement pour ramener les trustées.

Le Québec a eu des problèmes semblables. Les participants francophones ont dit qu’ils ne savaient pas comment influencer les décisions après que les commissaires élus ont été éliminés.

Sachin Maharaj avait vu ça venir. C’est un professeur adjoint à l’Université d’Ottawa. Il y a environ deux ans et demi, il avait prédit la situation actuelle.

Il étudie les conseils scolaires de proche. Il regarde même leurs réunions pour ses recherches. Ça prend de la dévotion.

Maharaj a mis une conférence sur YouTube en juillet 2023. Ça s’appelle « Caught in the Middle: The Precarious Nature of Ontario School Boards ». Il a expliqué les pressions concurrentes que les conseils affrontent.

« Le ministère ne respecte pas les trustées mais veut qu’on les blâme quand ça va mal », un trustée lui a dit pendant ses recherches.

L’histoire ici est profonde. Les trustées de conseils scolaires existent en Ontario depuis environ 1816. Ça en fait la plus vieille forme de représentation élue démocratiquement dans la province.

Ils ont commencé par gérer des écoles à classe unique et engager des enseignants. En 1841, ils pouvaient lever des taxes locales pour financer l’éducation.

Ce pouvoir de taxation a disparu en 1997 sous Mike Harris. L’Ontario est passé au financement centralisé. Les conseils ont perdu leur indépendance financière.

Maintenant, le ministre Calandra veut aller plus loin. Il a été clair sur ses intentions.

« On peut dire sans se tromper que le modèle de gouvernance va changer », il a dit à la conférence de l’Association of Municipalities of Ontario.

J’ai essayé de rejoindre le bureau du ministre trois fois. Je voulais savoir quand on aurait des nouvelles sur l’avenir des trustées. L’agente de communications Emma Testani n’a pas répondu ou reconnu mes questions.

Ce silence en dit long en journalisme. Quand les officiels ne répondent pas aux questions de base, ça veut généralement dire que quelque chose se prépare.

Jay Aspin connaît le travail de trustée de première main. Il était président du Near North District School Board quand Calandra a nommé un superviseur.

Aspin a 45 ans de service public élu. Il a servi 21 ans comme trustée. Il a reçu l’Ordre de l’Ontario. Il a aussi été député au gouvernement de Stephen Harper aux côtés de Calandra.

Il a écrit au premier ministre Doug Ford. Sa lettre avertissait à propos de l’expérience de la Nouvelle-Écosse.

« Cette solution a été un échec lamentable, résultant en des problèmes qui ont continué à s’aggraver », Aspin a écrit. « Éliminer les trustées a eu l’impact de centraliser le pouvoir au gouvernement provincial, ce qui a enlevé la participation démocratique locale et déclenché des critiques continuelles. »

Aspin pense que l’Ontario devrait apprendre de cette erreur. Il craint que la province se dirige sur la même voie.

Le ministre Calandra a répondu sur Facebook le 17 mars. Il a dit qu’Aspin « prétend que l’imputabilité est le problème » après avoir présidé le dysfonctionnement du conseil.

Arlene Morrell a une perspective différente. Elle a été élue trustée en 2014. Elle a servi comme présidente du Thames Valley District School Board. Elle a reçu le Dr. Harry Paikin Award of Merit en 2024.

Thames Valley est passé sous supervision fin avril 2025. La province a cité un déficit important et une retraite de personnel controversée qui a coûté quarante mille dollars.

« Une fois qu’un superviseur a été nommé, l’autorité du conseil élu a été enlevée », Morrell m’a dit. « Il n’y a pas d’ordres du jour affichés publiquement, pas d’avis de réunion, et pas de forums ouverts où les délibérations se passent. »

Elle a dit que les parents et membres de la communauté ne savent souvent même pas que des décisions sont prises.

« Le public a un droit fondamental à la prise de décision transparente dans leur système d’éducation local », Morrell a dit.

Les trustées étudiants disparaîtraient aussi avec ce changement. Ça inquiète Carter Peois, président d’OSTA-AECO. Son organisme représente les élèves du système M-12 de l’Ontario depuis vingt-cinq ans.

« Les trustées étudiants apportent les succès et préoccupations directement des élèves », Peois a dit sur son site web. « Éliminer les trustées étudiants enlèverait les voix démocratiques pour les élèves. »

Les profs ne sont pas contents non plus. David Mastin est président de la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario. Il a été élu en août 2025.

« Ces interventions représentent une intrusion éhontée du gouvernement, une centralisation troublante du pouvoir, et une menace directe à la démocratie locale », Mastin a dit.

Il pense que le gouvernement veut contrôler les finances et l’immobilier des conseils scolaires. Ça traiterait l’éducation comme une business au lieu d’un service public.

« Les superviseurs nommés par le gouvernement répondent seulement au premier ministre et au ministre de l’Éducation, pas aux parents, pas aux élèves, pas aux communautés », Mastin a affirmé.

Les élèves marginalisés font face à des risques particuliers. David Lepofsky préside le comité consultatif de l’éducation de l’enfance en difficulté du Toronto District School Board. C’est un avocat retraité et professeur invité en droits des personnes handicapées.

« C’est particulièrement inquiétant pour plus de 120 000 élèves avec des handicaps », il a dit. « Ils sont parmi les élèves les plus mal servis et vulnérables de l’Ontario. »

Lepofsky a expliqué que le superviseur de Toronto a augmenté les tailles maximales de classes. Ça nuit aux élèves avec des handicaps.

« Alors que les trustées élus se rencontraient en public et accueillaient régulièrement les présentations publiques des parents sur leurs préoccupations, le superviseur du TDSB fait son travail à huis clos », il a dit.

Debbie King voit des enjeux d’équité raciale. Elle est la trustée du TDSB pour Parkdale-High Park et présidente du caucus des trustées noirs de l’OPSBA.

« Sous supervision, au moins dix trustées noirs élus démocratiquement ont été mis de côté », King a dit. « Ça affaiblit l’imputabilité pour aborder les preuves mesurables du racisme anti-Noir dans les écoles de l’Ontario. »

Elaine Johnston représente les préoccupations des Premières Nations. Elle est présidente de l’Algoma District School Board et du conseil des trustées des Premières Nations, Inuits et Métis de l’OPSBA.

Elle a fréquenté une école de jour indienne. Ses parents ont fréquenté un pensionnat autochtone.

« La proposition du ministre représente un recul conséquent de la réconciliation, de la démocratie et du processus équitable en consultation », Johnston a dit.

Les trustées nommés par les Premières Nations supervisent les transferts financiers aux conseils scolaires. Ils assurent que l’histoire des pensionnats ne se répète jamais.

L’Ontario Autism Coalition organise une manifestation à Queen’s Park le 23 mars. Leur affiche pose une question simple : « Si les trustées sont éliminés, qui allez-vous appeler? »

C’est une bonne question. Les parents font habituellement remonter leurs préoccupations du prof au directeur au surintendant au trustée. Sans trustées, où vas-tu?

Kathleen Woodcock est présidente de l’Association des conseils scolaires publics de l’Ontario. Elle est aussi trustée de la région de Waterloo.

« Les trustées ne dirigent pas les écoles ou ne gèrent pas le personnel », Woodcock a expliqué. « Le travail du trustée est de poser les bonnes questions, établir des attentes, et s’assurer que l’argent public est utilisé de façon responsable. »

Elle a dit que quand les conseils sont supervisés, les trustées élus perdent leur autorité décisionnelle. Souvent entièrement.

« Les trustées locaux donnent aux communautés une vraie voix dans leurs écoles, et quand cette voix est affaiblie, tout le monde perd », Woodcock a dit.

L’opinion publique est mixte. Un sondage d’Abacus Data de septembre 2025 a interrogé 2 000 résidents de l’Ontario pour CUPE Ontario.

Seulement 33 pour cent appuient l’élimination des trustées élus. Un autre 36 pour cent s’y oppose. Un bon 25 pour cent n’était pas certain.

Le conseil éditorial du Globe and Mail a pris une position différente en février. Leur texte d’opinion s’intitulait « Clean Slate for Ontario’s School Boards ».

Ils ont argumenté que les trustées ont été « à la dérive depuis les années 1990 » quand les pouvoirs de taxation ont disparu. L’éditorial disait que si les élèves font mieux sous gestion provinciale, ça prouve qu’éliminer les trustées n’est pas une prise de pouvoir.

Le 11 mars, une coalition a tenu une conférence de presse à Queen’s Park. Des conseils scolaires, syndicats, trustées autochtones, groupes de défense des personnes handicapées et groupes de libertés civiles se sont réunis.

Ils ont demandé au gouvernement de tenir de larges consultations avant de changer la gouvernance des conseils scolaires.

Le même jour, le premier ministre Ford n’a pas voulu dire si les trustées seraient sur les bulletins de vote à l’automne.

« On va sortir une réponse là-dessus bientôt », Ford a dit quand les journalistes l’ont pressé.

Il a annoncé une nouvelle carte d’achat de sept cent cinquante dollars pour les profs à la place. C’est pour les fournitures de classe. Les critiques ont appelé ça une distraction.

Le chef intérimaire libéral John Fraser a dit que le financement n’adresse pas les enjeux plus larges en classe.

« Cette annonce, c’est du rouge à lèvres sur un cochon », Fraser a dit.

La porte-parole NPD en éducation Chandra Pasma a appelé ça « un coup de pub ».

Le ministre Calandra a fait des commentaires révélateurs sur les conseils supervisés. Quand on lui a demandé les échéanciers pour retourner les conseils au contrôle local, il a dit quelque chose de frappant.

« Si ça nous prend un an, deux ans, trois ans, 10 ans — je m’en fiche », Calandra a affirmé.

C’est longtemps pour des communautés d’être sans représentation élue.

Plus d’une douzaine de municipalités rurales ont envoyé des lettres s’opposant à l’élimination des trustées. Neuf conseils scolaires se sont joints à elles.

L’Assemblée législative de l’Ontario reprend lundi le 23 mars. C’est après une pause hivernale de quatorze semaines. L’année passée, la chambre a siégé seulement 51 jours au total.

Je continue à penser aux sorties scolaires en faisant ce reportage. Chaque jeune se souvient de ses sorties. Le ROM. Centre des sciences. Chutes Niagara. Les voyages de camp dans le nord.

Ces excursions ont besoin d’approbation. Les conseils scolaires ont des lignes directrices qui gardent les élèves en sécurité pendant ces expériences.

Les trustées révisent et approuvent ces politiques. Ils représentent les parents et les communautés dans ces décisions.

Si les trustées disparaissent, qui prend ces décisions? À qui les parents parlent si quelque chose va mal?

La plus grosse question concerne la démocratie elle-même. Centraliser le pouvoir veut dire que moins de personnes prennent des décisions pour plus d’élèves.

L’Ontario dépense plus de trente-deux milliards de dollars en éducation publique. C’est un budget énorme. Pour comparer, la santé reçoit environ quatre-vingt-onze milliards.

L’éducation façonne l’avenir de nos jeunes. Ça mérite une gouvernance transparente et imputable avec la participation de la communauté.

J’ai grandi en allant à l’école publique dans cette province. Les enfants de mes amis vont à l’école publique maintenant. C’est pas une politique abstraite. Ça touche de vraies familles.

En marchant autour de Toronto, tu vois des écoles partout. Chacune sert un quartier. Chaque quartier est différent.

Scarborough a besoin de choses différentes d’Etobicoke. North York est différent du centre-ville. Les décisions toutes faites de Queen’s Park peuvent pas capturer cette diversité.

Les petites villes font face à ça encore plus. L’Ontario rural a des défis uniques. Distance, population, ressources. Les trustées locaux comprennent ces réalités.

Quand j’ai appelé mes sources pour cette histoire, la passion était claire. Le monde se soucie profondément de cet enjeu. Ils restent pas silencieux.

Que tu supportes les trustées ou non, la conversation compte. La démocratie fonctionne mieux quand tout le monde est entendu.

L’assemblée législative reprend lundi. On va voir si le gouvernement annonce des plans. Les candidats pour les élections municipales peuvent se déclarer le 1er mai.

Le jour des élections est prévu pour le 26 octobre. Est-ce que les courses de trustées seront sur le bulletin? C’est la question que tout le monde pose.

Le ministre Calandra dit qu’il va changer le modèle de gouvernance. Il a été constant là-dessus. Les détails restent pas clairs.

Ce qui arrive ensuite va façonner l’éducation en Ontario pour des décennies. C’est pas juste à propos de budgets et de bâtisses.

C’est à propos de qui a son mot à dire. Qui parle pour les communautés. Qui tient le système imputable.

Continuez à suivre cette histoire. C’est loin d’être fini. Les voix deviennent plus fortes, pas plus silencieuses.


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