Les conducteurs de Montréal se tournent vers les véhicules électriques face à la hausse des prix du pétrole

Amélie Leclerc
9 Min Read

Les pompes à essence à travers Montréal affichaient des chiffres qui m’ont fait grimacer ce matin. Près de deux dollars le litre. J’ai observé des conducteurs secouer la tête en remplissant leurs réservoirs. La crise au Moyen-Orient a encore fait grimper les coûts du carburant. Mais certains Montréalais gardent le sourire malgré tout.

Carl Bromwich ne jette même plus un coup d’œil à ces chiffres. Il conduit une Hyundai Ioniq électrique. Ses déplacements le mènent à travers l’île quotidiennement. Il accumule des dizaines de milliers de kilomètres chaque année. La récente flambée des prix ne l’atteint pratiquement pas.

« Je suis au courant de l’augmentation du prix de l’essence », m’a confié Bromwich. « Mais je ne surveille pas ça de près parce que je n’ai pas à le faire. »

Son histoire reflète un sentiment grandissant dans notre ville. De plus en plus de conducteurs remettent en question leur relation avec l’essence. La volatilité devient épuisante. Chaque crise internationale fait bondir les prix. Chaque fin de semaine pourrait apporter un nouveau choc à la pompe.

Daniel Breton dirige Mobilité électrique Canada, une association de l’industrie. Il voit ce moment comme un signal d’alarme pour les conducteurs montréalais. L’organisation suit les tendances à travers le pays. Ils observent comment les événements mondiaux affectent les choix locaux.

« Le message, c’est qu’il est temps que les gens réalisent que leurs choix ont un impact », a expliqué Breton. « Le prix du pétrole est très volatile et il l’a toujours été. »

Il a comparé ça avec les coûts de l’électricité au Québec. Nos tarifs d’Hydro demeurent remarquablement stables. Ils ne fluctuent pas de manière radicale avec les tensions internationales. Breton a soulevé un autre facteur qui m’a surpris durant notre conversation.

« Plus de 70 pour cent des sables bitumineux appartiennent à des compagnies étrangères », a-t-il dit. « La grande majorité de la production d’électricité appartient à des services publics canadiens. »

C’est un argument convaincant pour garder nos dollars ici. Le réseau hydroélectrique du Québec est largement provincial. Quand tu recharges un véhicule électrique ici, tu achètes essentiellement d’Hydro-Québec. L’argent reste proche de chez nous.

J’ai couvert assez de dossiers de consommation pour connaître les contre-arguments par contre. Les critiques s’inquiètent des effets d’entraînement des prix élevés du pétrole. Dan McTeague analyse les prix de l’essence professionnellement. Il avertit que les coûts du carburant touchent tout dans notre économie.

« Même si tu ne conduis pas de char, même si tu conduis un VE, tu vas le sentir », a prévenu McTeague. « Ça va avoir un impact sur le coût de pratiquement tout, incluant la fabrication de ces VE. »

Il a raison. Les usines de fabrication ont besoin d’énergie. Le transport des composantes nécessite du carburant. Des prix élevés du pétrole peuvent faire augmenter le coût de production des véhicules électriques. C’est particulièrement frustrant quand les prix des VE étirent déjà bien des budgets.

En me promenant dans les quartiers de Montréal, j’ai entendu pas mal de débats dernièrement. Le gouvernement provincial devrait-il intervenir avec des rabais? McTeague a calculé que les gouvernements récoltent présentement des revenus substantiels des prix élevés de l’essence.

« Les gouvernements fédéral et provincial au Québec empochent 14,975 pour cent des coûts additionnels », a-t-il noté. « C’est ce que j’appelle des gains mal acquis étant donné que ça pourrait durer un bout. »

La dimension politique me fascine comme journaliste. Les prix de l’essence deviennent toujours politiques rapidement. Tout le monde a une opinion. Tout le monde ressent l’impact différemment. Notre ville bilingue ajoute une autre couche à ces conversations.

Les rabais fédéraux pour les véhicules électriques sont revenus le mois dernier après une pause. Le timing ne pourrait pas être plus intéressant vu les prix actuels du carburant. Statistique Canada a révélé quelque chose de frappant à propos de ce trou dans les incitatifs. Les ventes de VE ont chuté de 36 pour cent entre décembre 2024 et janvier 2025 quand les rabais ont disparu.

Breton m’a dit que la réponse aux rabais renouvelés a été immédiate. Un collègue qui installe des bornes de recharge a rapporté quelque chose de remarquable. Les affaires n’ont pas repris graduellement sur des semaines. Ça a explosé en quelques heures après l’annonce.

« Ce message du gouvernement fédéral a fait une différence », a souligné Breton.

J’ai rencontré Gilbert Bourque à une borne de recharge près du parc La Fontaine la semaine dernière. Il a acheté son véhicule électrique avant la récente crise pétrolière. Sa décision n’était pas principalement liée aux prix du carburant. Mais la situation actuelle a validé son choix de façons inattendues.

« À un moment donné, j’étais pas vraiment certain si ça valait la peine ou pas », a admis Bourque. « Mais pour le prix de l’essence là, je suppose que ça pourrait valoir la peine. »

Son incertitude reflète des conversations que j’entends constamment à Montréal. Les véhicules électriques représentent des coûts initiaux importants. Le calcul des économies à long terme dépend de plusieurs facteurs. Les prix du carburant comptent, mais l’infrastructure de recharge et la performance hivernale aussi.

Les hivers québécois testent les véhicules électriques de manière unique. Le temps froid réduit l’autonomie de la batterie. Le chauffage de l’habitacle tire beaucoup de puissance. J’ai vu des amis débattre si les VE ont du sens vu notre climat. L’argument du prix du carburant ajoute du poids d’un bord.

L’infrastructure de recharge continue de s’étendre à travers Montréal. J’ai remarqué de nouvelles bornes qui apparaissent dans des stationnements partout en ville. Les immeubles à condos ajoutent tranquillement des options pour les résidents. Le facteur commodité continue de s’améliorer.

Mais des barrières demeurent pour bien des Montréalais. Les locataires manquent souvent d’accès à la recharge à la maison. Les syndicats de copropriété résistent parfois aux coûts d’installation. Le stationnement de rue rend la recharge de nuit impossible. Ces défis pratiques persistent peu importe les prix de l’essence.

L’argument environnemental pour les véhicules électriques va au-delà des économies personnelles. L’hydroélectricité du Québec produit des émissions minimales comparé à l’essence. Passer aux VE ici crée de vrais bénéfices climatiques. Ça compte pour plusieurs conducteurs que j’ai interviewés.

Combien de temps les prix actuels du pétrole vont-ils durer? Personne ne sait avec certitude. Les tensions au Moyen-Orient demeurent imprévisibles. Les perturbations de l’approvisionnement pourraient continuer ou s’atténuer soudainement. Cette incertitude elle-même appuie le cas pour les alternatives électriques.

Les concessionnaires de Montréal rapportent un intérêt accru pour les modèles électriques. Les essais routiers augmentent. Les questions sur l’autonomie et la recharge se sont multipliées. La crise actuelle a focalisé l’attention comme peu d’autres facteurs pourraient le faire.

Si ça se traduit en croissance soutenue des ventes reste à voir. L’incertitude économique rend les gros achats intimidants. Les taux d’intérêt affectent les coûts de financement. Le portrait complet implique plus que juste les prix du carburant.

Mais debout à cette station-service ce matin, en regardant les chiffres grimper, j’ai compris l’attrait. La prévisibilité a de la valeur. La stabilité compte. Les tarifs d’électricité du Québec offrent les deux de manières que le pétrole n’a jamais eues.

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