En parcourant les couloirs de la Colline du Parlement la semaine dernière, j’ai entendu deux députés débattre d’un sujet qu’on ne peut plus ignorer. La question qui planait dans l’air ne concernait ni les budgets ni les politiques. Elle était plus simple et pourtant plus urgente : devrait-on interdire les réseaux sociaux aux enfants?
La réponse des Canadiens semble massivement claire. Un nouveau sondage de l’Institut Angus Reid montre que les trois quarts d’entre nous appuient l’idée d’interdire complètement l’accès aux plateformes de médias sociaux à toute personne de moins de 16 ans. C’est 75 pour cent qui disent oui à une interdiction totale.
Ces chiffres frappent différemment quand on est parent. J’ai vu des amis se débattre avec exactement ce dilemme dans les cafés et centres communautaires d’Ottawa. Est-ce qu’on donne un téléphone à son ado de 13 ans en croisant les doigts? Le sondage suggère que la plupart des parents sont tout aussi inquiets que les autres, avec 70 pour cent qui appuient des restrictions.
L’Australie a fait les manchettes en novembre 2024 en devenant le premier pays à bannir carrément les médias sociaux pour les moins de 16 ans. Près de cinq millions de comptes d’ados ont disparu en un mois. C’est pas une petite expérience. C’est un virage majeur dans la façon dont un pays conçoit l’enfance.
Maintenant, les Canadiens se demandent si on devrait emboîter le pas. L’appui s’étend d’un océan à l’autre. La Colombie-Britannique mène avec 81 pour cent, suivie de l’Alberta à 77 pour cent. L’Ontario se situe à 74 pour cent, tandis que le Québec affiche un appui de 73 pour cent. Même nos régions les plus dispersées montrent un fort consensus, avec les provinces de l’Atlantique à 76 pour cent.
Les préoccupations qui alimentent ces chiffres ne sont pas abstraites. Quand 94 pour cent des Canadiens s’inquiètent des impacts négatifs sur la santé mentale, c’est pratiquement tout le monde. Le même pourcentage craint la dépendance à ces plateformes. Un autre 92 pour cent s’inquiète de la désinformation qui atteint les jeunes esprits.
La cyberintimidation préoccupe 90 pour cent des répondants. Le contenu explicite inquiète 85 pour cent. Ce sont pas des angoisses marginales. Ce sont des cauchemars parentaux courants qui empêchent les gens de dormir.
Certaines plateformes génèrent plus d’inquiétude que d’autres. TikTok arrive en tête avec 88 pour cent des Canadiens qui veulent l’interdire aux moins de 16 ans. La plateforme anciennement connue sous le nom de Twitter, maintenant appelée X, suit à 86 pour cent. Snapchat arrive à 84 pour cent. Même YouTube, souvent considérée comme plus éducative, fait face à des appels à la restriction de la part de 48 pour cent des répondants.
C’est là que le consensus s’effrite, par contre. Les Canadiens ne s’entendent pas sur le bon âge pour accéder aux médias sociaux. Environ un tiers choisit 16 ans comme âge magique. Mais des portions presque égales suggèrent 10 à 12 ans, 14 ans ou 15 ans. On sait que quelque chose doit changer. On arrive juste pas à déterminer exactement quand l’enfance se termine et que l’âge adulte numérique commence.
C’est pas juste une conversation canadienne. Un sondage Ipsos de septembre 2025 a interrogé 30 pays. Il a révélé que 71 pour cent croient que les enfants de moins de 14 ans ne devraient pas avoir accès aux médias sociaux. Parmi les parents ayant des enfants d’âge scolaire, ce chiffre grimpe à 74 pour cent. Un quart de tous les répondants ont qualifié les médias sociaux de défi majeur pour les jeunes.
Les conseils scolaires ontariens n’attendent pas la législation. Quatre conseils ont lancé une poursuite de 4 milliards de dollars en mars 2024 contre Meta, Snap Inc. propriétaire de Snapchat, et ByteDance Ltd. propriétaire de TikTok. En mai 2024, cinq autres conseils scolaires et deux écoles privées se sont joints à la bataille.
La poursuite allègue que ces plateformes ont été conçues de façon négligente pour créer une utilisation compulsive. Selon le cabinet d’avocats Neinstein LLP et les conseils scolaires, cette utilisation compulsive a créé une crise de l’attention. Elle a engendré une crise de l’apprentissage. Elle a déclenché une crise de santé mentale chez les élèves.
Je couvre des histoires d’éducation à Ottawa depuis des années. Les profs me disent qu’ils ont vu les capacités d’attention rétrécir. Les élèves décrivent se sentir anxieux sans leur téléphone. Les parents rapportent des batailles autour du temps d’écran qui laissent tout le monde épuisé.
Les tribunaux commencent à porter attention. Le 24 mars 2026, un jury du Nouveau-Mexique a jugé que Meta nuisait à la santé mentale des enfants. Le verdict a statué que l’entreprise avait violé les lois de l’État sur la protection des consommateurs. Meta a été condamnée à payer 375 millions de dollars en pénalités civiles pour avoir caché ce qu’elle savait sur l’exploitation sexuelle des enfants et les impacts sur la santé mentale.
Un jour plus tard, un autre jury a rendu un verdict encore plus précis. Le 25 mars 2026, Meta et YouTube, propriété de Google, ont été jugées responsables dans une poursuite historique. La plaignante a témoigné être devenue accro aux médias sociaux enfant. Elle a expliqué comment cette dépendance a empiré ses problèmes de santé mentale.
Le jury a déterminé que les deux entreprises avaient fait preuve de négligence dans la conception et l’exploitation de leurs plateformes. Ils ont conclu que cette négligence avait substantiellement causé du tort. Encore plus accablant, le jury a conclu que les deux entreprises savaient que leurs plateformes pouvaient être dangereuses pour les mineurs. Elles n’ont pas averti adéquatement les utilisateurs de ce danger.
TikTok et Snapchat ont fait face à des accusations similaires dans cette poursuite. Les deux ont réglé avant le procès. Les modalités n’ont pas été divulguées, mais le message était clair. Ces entreprises reconnaissent une responsabilité légale.
Certains leaders provinciaux suivent la situation de près. Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a publié sur X que le Canada devrait envisager de limiter l’utilisation des médias sociaux par les mineurs. D’autres premiers ministres ont exprimé un intérêt similaire à suivre l’exemple de l’Australie.
Le défi n’est pas seulement légal ou technique. Il est culturel. Les médias sociaux sont devenus la façon dont les ados communiquent, s’organisent et comprennent leur monde. Les interdire semble à la fois nécessaire et impossible pour bien des parents.
Je pense aux jeunes que je vois dans la région d’Ottawa. Ils grandissent dans un monde fondamentalement différent des générations précédentes. Leurs amitiés existent en partie dans les conversations de groupe. Leur statut social se mesure en abonnés et en j’aime.
Mais les preuves continuent de s’accumuler. Les tribunaux confirment ce que les parents soupçonnaient. Ces plateformes ont été conçues pour créer une dépendance. Les entreprises connaissaient les risques et ont priorisé les profits au détriment du bien-être.
Si le Canada suivra l’Australie demeure incertain. Ce qui est clair, c’est que la conversation a changé. C’est plus une histoire de parents paranoïaques. C’est les trois quarts du pays qui disent ça suffit.
La question n’est pas de savoir si les médias sociaux affectent les jeunes. La question est de savoir ce qu’on est prêts à faire pour y remédier.