François Legault a arpenté les corridors de l’Assemblée nationale cette semaine en sachant que son temps comme premier ministre tire à sa fin. L’atmosphère semblait différente, peut-être plus chargée d’histoire. Après six ans à la tête du Québec, sa dernière session en chambre a du poids.
J’ai couvert d’innombrables transitions politiques dans cette ville. Peu semblent aussi importantes que ce moment. Legault a transformé le paysage politique québécois quand il a pris le pouvoir en 2018. Sa Coalition Avenir Québec a mis fin à des décennies de domination libérale et péquiste.
L’Assemblée nationale entre en relâche la semaine prochaine. Au retour des députés, le Québec aura un nouveau chef. La CAQ a prévu son congrès à la chefferie pour le 12 avril. Soit Christine Fréchette ou Bernard Drainville prêtera serment peu après cette fin de semaine de congrès.
Le parcours de Legault, d’entrepreneur dans l’aviation à premier ministre, se lit comme une histoire typiquement québécoise. Il a cofondé Air Transat en 1987, en faisant un transporteur majeur. Ce sens des affaires a façonné sa vision politique. Il est entré en politique en 1998 sous le premier ministre péquiste Lucien Bouchard. Le PQ lui a donné son premier avant-goût de la gouvernance.
Mais Legault voyait une autre voie possible. Il a fondé la CAQ en 2011. Le parti s’est positionné entre le fédéralisme et la souveraineté. Le Québec avait besoin de croissance économique et de solutions pratiques, soutenait-il. Le débat politique traditionnel semblait épuisé pour bien des Québécois.
Sa victoire de 2018 a choqué l’establishment. La CAQ a remporté soixante-quatorze sièges. Les libéraux sont tombés dans l’opposition officielle. Le PQ s’est effondré à seulement dix sièges. Le Québec voulait du changement, et Legault a livré le message clairement.
En me promenant dans le Vieux-Montréal le mois dernier, j’ai entendu des résidents débattre de son héritage. Les opinions variaient fortement. Certains ont loué son leadership pendant la pandémie. D’autres ont critiqué son approche de l’immigration et des lois linguistiques. Cette complexité définit son mandat.
La COVID-19 est devenue le défi déterminant de Legault. Sa cote de popularité a grimpé au-dessus de quatre-vingts pour cent durant les premiers mois de la pandémie. Les points de presse quotidiens sont devenus incontournables partout dans la province. Les Québécois appréciaient son style de communication direct. Il parlait franchement des décisions difficiles.
La pandémie a durement éprouvé le Québec. Les CHSLD ont subi des pertes dévastatrices. Legault semblait visiblement ému en abordant ces tragédies. Son gouvernement a mis en place des mesures strictes. Couvre-feux, fermetures de commerces et mandats vaccinaux ont suivi. Certains ont applaudi l’action décisive. D’autres ont dénoncé les abus du gouvernement.
La politique d’immigration a créé des frictions persistantes avec Ottawa. Legault a constamment exigé un plus grand contrôle provincial sur les niveaux d’immigration. Il soutenait que le Québec devait protéger la langue et la culture françaises. Les libéraux fédéraux ont rejeté ces demandes. Les tensions ont régulièrement grimpé entre Québec et Ottawa.
Le projet de loi 21 demeure peut-être son héritage le plus controversé. La loi sur la laïcité interdit aux employés du secteur public de porter des signes religieux. Les enseignants, policiers et juges font face à des restrictions. Les partisans y voient un élément essentiel des valeurs laïques du Québec. Les critiques y voient de la discrimination envers les minorités religieuses.
La loi a suscité un débat féroce à travers Montréal. J’ai interviewé des Montréalais des deux côtés. Une enseignante de Verdun m’a dit qu’elle appuie la séparation de la religion et de l’État. Une étudiante musulmane de Côte-des-Neiges s’est dit se sentir exclue. Ces divisions sont profondes.
Les tribunaux fédéraux ont contesté la constitutionnalité de la loi. Le gouvernement Legault a invoqué la clause dérogatoire. Cet outil constitutionnel protège une loi de certaines contestations en vertu de la Charte. La manœuvre a intensifié l’attention nationale sur l’approche du Québec.
La législation linguistique a aussi marqué son mandat. Le projet de loi 96 a renforcé les protections de la langue française. La loi a élargi les exigences du français pour les entreprises et les services. Les institutions anglophones ont exprimé des inquiétudes concernant l’accès. Les groupes francophones ont salué les efforts pour protéger le caractère linguistique du Québec.
Le milieu des affaires montréalais a connu des résultats mitigés sous Legault. Son gouvernement a réduit les impôts des entreprises et simplifié la réglementation. La croissance économique est demeurée stable avant la pandémie. Certains secteurs ont prospéré tandis que d’autres ont peiné.
Le milieu culturel a bénéficié d’investissements accrus. La production cinématographique et télévisuelle québécoise a attiré d’importants projets internationaux. J’ai vu l’industrie du divertissement montréalais prendre beaucoup d’expansion. Des studios ont ouvert partout dans la région métropolitaine. Les emplois se sont multipliés pour les artistes et techniciens locaux.
La politique climatique a présenté des contradictions. Legault a appuyé l’adoption des véhicules électriques et la fabrication de batteries. Son gouvernement a massivement investi dans les technologies vertes. Pourtant, il a aussi soutenu le controversé projet de troisième lien autoroutier près de Québec. Les groupes environnementaux ont critiqué cette apparente incohérence.
Son successeur fait face à des défis considérables. Les retards dans le système de santé demeurent énormes. Les urgences débordent régulièrement. Les pénuries de personnel affligent les hôpitaux à travers le Québec. Le prochain premier ministre hérite de ces problèmes pressants.
L’abordabilité du logement a atteint des niveaux de crise à Montréal. Les taux d’inoccupation des logements locatifs frôlent zéro. Les prix ont grimpé dramatiquement durant le mandat de Legault. Les jeunes Québécois peinent à trouver du logement abordable. La question demande une attention urgente.
Les deux candidats à la chefferie promettent de la continuité avec quelques changements. Fréchette apporte une expérience de gouvernement municipal de son temps comme mairesse de Sherbrooke. Drainville a servi dans le cabinet de Legault, gérant les dossiers de l’éducation et de la langue française. Leurs visions diffèrent sur les détails mais maintiennent les principes de la CAQ.
Legault prévoit demeurer député de L’Assomption jusqu’aux élections générales d’octobre. Sa présence à l’Assemblée se poursuit. La période de transition permet le transfert des connaissances institutionnelles. Le Québec bénéficie de cette stabilité durant le changement de direction.
Je me rappelle l’avoir interviewé peu après sa victoire de 2018. Il parlait avec passion du potentiel du Québec. Le nationalisme économique guidait sa vision. Il voulait que le Québec rivalise mondialement tout en protégeant son identité distincte. Cette ambition n’a jamais faibli.
Son héritage alimentera le débat pendant des années. La performance économique, la gestion de la pandémie, la protection de la langue et les relations fédérales définissent son bilan. Les Québécois jugeront ces réalisations et ces échecs. L’histoire exige du recul pour une juste perspective.
Assis dans un café près de l’Assemblée nationale hier, j’ai entendu deux fonctionnaires discuter de la transition. Ils se demandaient si les politiques allaient continuer. Le changement crée de l’incertitude même au sein du même parti. Le Québec entame un nouveau chapitre.
Le paysage politique que Legault laisse diffère dramatiquement de celui qu’il a hérité. La CAQ s’est établie comme la force dominante du Québec. Les partis traditionnels peinent à demeurer pertinents. Les élections d’octobre testeront si cette transformation perdure.
Alors que Legault répond à ses dernières questions à l’Assemblée, le Québec observe attentivement. Les transitions de pouvoir comptent énormément dans les systèmes parlementaires. Le pouvoir se transfère pacifiquement mais de façon significative. La machinerie démocratique continue de tourner.