Loi sur le whisky de l’Alberta : stimuler les distilleries locales à Edmonton

Laura Tremblay
9 Min Read

J’observe la scène de la distillation artisanale d’Edmonton depuis que ces premières petites installations ont commencé à apparaître un peu partout dans la ville il y a plus de dix ans. Entrer dans ces premières salles de dégustation, c’était comme découvrir des trésors cachés dans des parcs industriels et des entrepôts reconvertis. Maintenant, notre gouvernement provincial veut donner au whisky albertain la même reconnaissance prestigieuse dont jouissent le champagne et le scotch à l’échelle mondiale.

La Loi sur le whisky de l’Alberta a été déposée à l’Assemblée législative cette semaine. Elle vise à établir des normes claires pour déterminer ce qui constitue un véritable whisky albertain. Le ministre Dale Nally n’a pas mâché ses mots lors de l’annonce de cette loi. Il a qualifié le whisky albertain de l’un des secrets les mieux gardés du monde du whisky et a promis que ça allait changer.

J’ai passé pas mal de temps dans les distilleries locales à interviewer les producteurs et à déguster leurs créations. La passion que ces producteurs apportent à leur métier est remarquable. Ils travaillent avec des grains des Prairies et de l’eau des Rocheuses pour créer quelque chose de vraiment à nous. Mais ils ont eu du mal à se démarquer dans un marché du whisky canadien très compétitif.

La première ministre Danielle Smith a expliqué que le gouvernement a consulté directement les producteurs. Les distilleries artisanales ne sont légales ici que depuis 2013. Ça fait de cette industrie un secteur incroyablement jeune qui cherche encore ses repères. Le message était clair : les distillateurs albertains produisent un whisky exceptionnel, mais ont besoin d’aide pour différencier leurs produits des offres canadiennes génériques.

La nouvelle loi établit des exigences spécifiques pour l’appellation whisky de l’Alberta. D’abord, les producteurs doivent respecter les normes mondiales qui s’appliquent à tous les whiskys. L’alcool doit vieillir au moins trois ans dans des barils de bois. Il doit contenir un minimum de 40 pour cent d’alcool par volume. Ce sont les règles de base reconnues partout.

Mais les exigences spécifiques à l’Alberta vont plus loin. Toute l’eau utilisée doit provenir de sources albertaines. Au moins les deux tiers des grains doivent être cultivés dans la province. Le whisky doit être brassé, fermenté, vieilli et embouteillé entièrement à l’intérieur des frontières de l’Alberta. Les producteurs peuvent ajouter jusqu’à neuf pour cent d’alcools externes pour l’aromatisation, mais ces ajouts nécessitent au moins deux ans de vieillissement.

Un détail qui a attiré mon attention concernait l’orthographe. La loi prévoit « whisky » sans le e supplémentaire. Cependant, les distillateurs qui utilisent déjà « whiskey » dans leur image de marque ne feront pas face à des pénalités. C’est une approche flexible qui respecte les décisions commerciales existantes tout en établissant une norme provinciale.

J’ai parlé récemment avec Bryce Parsons à son installation de Calgary, True Wild Distilling. Il est président de l’Alberta Craft Distillers Association. Parsons voit cette loi comme un accélérateur pour la prochaine phase de croissance de l’industrie. Il l’a reliée directement à notre secteur touristique en expansion, notant qu’une reconnaissance régionale distinctive attire des visiteurs curieux dans les salles de dégustation.

En parcourant les distilleries autour d’Edmonton, on remarque l’attention méticuleuse aux détails. Les alambics de cuivre brillent sous l’éclairage industriel. Les barils reposent dans des salles à température contrôlée. L’air transporte des arômes sucrés et complexes qui changent à chaque lot de production. Ce ne sont pas des opérations de masse qui produisent des produits génériques.

Les statistiques actuelles d’Alberta Gaming, Liquor and Cannabis montrent 45 distilleries qui produisent du whisky dans la province. Parmi celles-ci, 43 sont considérées comme des productrices artisanales. C’est un nombre important pour une industrie aussi jeune. Circulez dans les quartiers autour d’Edmonton et vous trouverez plusieurs de ces installations à portée de main.

Tout le monde dans l’industrie ne célèbre pas cette loi de la même façon. Richard Bogach possède White Lightning Distillery à Barrhead, au nord-ouest d’Edmonton. Il a dit aux journalistes que la loi ne fait qu’entériner des pratiques que la plupart des producteurs de whisky suivent déjà. Bogach l’a qualifiée de vieille nouvelle et a suggéré qu’on a cinq ans de retard.

Sa critique soulève des questions valables concernant l’exigence des deux tiers de grains albertains. Bogach a demandé pourquoi la norme n’est pas fixée à 100 pour cent. C’est un point pertinent qui mérite réflexion. Si on crée une appellation régionale haut de gamme, ne devrait-elle pas exiger un engagement total envers les ingrédients locaux?

J’ai goûté des whiskys faits entièrement à partir de grains albertains. Le terroir ressort distinctement. Notre orge et notre seigle cultivés dans les Prairies portent des saveurs façonnées par le soleil intense de l’été et la dormance hivernale froide. Quand on les compare aux spiritueux faits avec des grains importés, les différences émergent clairement.

Le gouvernement s’est tourné vers les régions de whisky établies pour obtenir des conseils. L’Irlande, l’Écosse et le Kentucky avec son bourbon utilisent tous des définitions régionales solides. Ces appellations ont bâti la confiance des consommateurs et la reconnaissance internationale au fil des générations. L’Alberta espère accélérer ce processus par la législation plutôt que d’attendre des décennies pour un développement organique du marché.

Un élément inattendu de cette loi concerne l’intelligence artificielle. C’est le premier projet de loi déposé à notre Assemblée législative créé avec l’aide de l’IA. Le ministre Nally a souligné que les humains ont géré le produit final et la révision, mais a reconnu que l’IA a joué un rôle de soutien. Il a comparé la compétence actuelle de l’Alberta en IA au fait d’être à la page 10 d’un roman de 200 pages.

Cette admission a déclenché un débat immédiat. Certains ont félicité l’approche novatrice du gouvernement pour rationaliser la rédaction législative. D’autres ont exprimé des préoccupations concernant les limites appropriées de l’IA dans l’élaboration des lois. C’est une conversation qu’on va avoir beaucoup plus fréquemment dans les années à venir.

Pour la communauté de distillation d’Edmonton, cette loi représente une validation. J’ai vu ces entrepreneurs investir des ressources et de la créativité pour bâtir quelque chose de significatif. Ils ont fait concurrence à des marques établies avec des poches beaucoup plus profondes et des historiques plus longs. Cette appellation provinciale leur donne un outil de marketing qui pourrait égaliser les chances.

Reste à voir si la Loi sur le whisky de l’Alberta produira l’élan promis. La reconnaissance internationale ne se fait pas du jour au lendemain, même avec l’appui législatif. Mais je suis optimiste quant aux chances de nos producteurs locaux. Ils ont déjà prouvé qu’ils peuvent faire des spiritueux de classe mondiale. Maintenant, ils ont l’appui du gouvernement pour raconter cette histoire plus efficacement.

La prochaine fois que vous magasinez pour du whisky, cherchez cette appellation albertaine. Visitez une salle de dégustation d’une distillerie locale et rencontrez les créateurs derrière les bouteilles. Leurs histoires sont aussi riches et complexes que les spiritueux qu’ils créent.

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