En me promenant dans le parc de la Gatineau jeudi dernier, j’ai remarqué moins d’équipes d’entretien des sentiers que d’habitude. Le moment m’a semblé troublant compte tenu de ce que j’entendais des groupes de conservation toute la semaine.
Les principaux organismes environnementaux du Canada tirent la sonnette d’alarme concernant les compressions de financement fédéral. Ils avertissent que ces réductions pourraient faire dérailler les objectifs ambitieux du pays visant à protéger les terres et les eaux. Les enjeux sont particulièrement élevés ici à Ottawa, où le travail de conservation a un impact direct sur nos espaces verts et nos cours d’eau.
Le gouvernement fédéral a promis de protéger 30 pour cent des terres et des zones côtières du Canada d’ici 2030. Cet engagement figurait dans les documents de campagne libéraux et dans le discours du Trône que le roi Charles a prononcé en mai dernier. Mais les récents documents budgétaires suggèrent que le financement est sur le point de chuter dramatiquement.
Le dernier plan ministériel d’Environnement et Changement climatique Canada prévoit seulement 366 millions de dollars pour les efforts de conservation en 2026-2027. Le plan de l’année dernière allouait 952 millions de dollars pour le même travail. L’année d’avant, le financement dépassait 1 milliard de dollars.
Quatre groupes de conservation de premier plan ont envoyé une lettre au premier ministre Mark Carney la semaine dernière. La Société pour la nature et les parcs du Canada, le Fonds mondial pour la nature Canada, Nature Canada et Oiseaux Canada ont tous signé le document. Leur message était direct et urgent.
La lettre avertissait que l’incertitude du financement a déjà paralysé le travail de conservation à travers le pays. D’importants emplois ruraux sont à risque. Des années d’investissement public pourraient être gaspillées si le gouvernement n’agit pas rapidement.
Emily McMillan dirige Nature Canada à titre de directrice générale. Elle a déclaré aux journalistes que son organisme n’arrive pas à obtenir de réponses claires des fonctionnaires fédéraux. Les groupes environnementaux n’ont pas réussi à obtenir de rencontres avec le premier ministre. Lorsqu’ils rencontrent des ministres, les réponses restent vagues.
McMillan a dit que la situation devient de plus en plus frustrante. Le financement actuel expire à la fin mars. Personne ne sait quels projets de conservation survivront et lesquels disparaîtront.
Le Fonds pour la nature du Canada représente la plus grande perte. Ce programme a été promis dans le budget fédéral de 2021 avec 2,3 milliards de dollars alloués sur cinq ans. Le fonds fournissait 381 millions de dollars annuellement pour des projets de conservation.
Kurt Chin Quee est sous-ministre adjoint et directeur financier à Environnement et Changement climatique Canada. Il a déclaré aux parlementaires du comité de l’environnement de la Chambre que le financement du Fonds pour la nature du Canada ne sera pas remplacé. Toutefois, il a noté que d’autres programmes du portefeuille de la nature pourraient soutenir certaines initiatives.
Cette explication ne satisfait pas les dirigeants de la conservation. Ils soutiennent qu’un financement de remplacement partiel ne couvrira pas le travail actuellement en cours. Les communautés et les partenaires autochtones se sont fait promettre un soutien qui pourrait maintenant s’évaporer.
Le Canada a réussi à conserver 13,8 pour cent de ses terres et eaux intérieures d’ici la fin de 2024. Cela place le pays environ à mi-chemin de son objectif de 30 pour cent. Atteindre cet objectif nécessite un financement soutenu et un effort coordonné dans plusieurs juridictions.
La ministre de l’Environnement, Julie Dabrusin, a abordé les préoccupations concernant le financement lors de son témoignage en comité la semaine dernière. Elle a reconnu l’échéance du 31 mars et a dit que son équipe travaillait sur des solutions. Toutefois, elle n’a pas pu fournir de montants précis ni d’échéanciers concrets.
Dabrusin a souligné que la protection de la nature reste importante pour elle personnellement et pour le gouvernement dans l’ensemble. Elle a mentionné une stratégie pour la nature actuellement en développement, mais a offert peu de détails sur sa portée ou son budget.
Keean Nembhard est le porte-parole de la ministre de l’Environnement. Il a publié une déclaration lundi réaffirmant l’engagement du gouvernement envers les objectifs de conservation. La déclaration a mis en évidence les progrès déjà réalisés et a fait référence à la stratégie pour la nature à venir.
Pour ceux d’entre nous qui couvrent la Colline du Parlement régulièrement, ce schéma semble familier. De grands engagements sont annoncés en grande pompe. Le financement initial arrive généreusement. Puis des pressions budgétaires émergent et les programmes font face à des réductions discrètes.
J’ai vu ce cycle se répéter avec les initiatives de logement, les projets d’infrastructure et les programmes sociaux. Le financement de la conservation semble se diriger sur la même voie malgré son lien avec les engagements climatiques internationaux.
La lettre des groupes de conservation a soulevé un autre point important concernant la crédibilité mondiale du Canada. Le pays s’est positionné comme un chef de file en matière de développement durable et de protection de l’environnement. Se retirer d’engagements très médiatisés mine cette réputation.
Les communautés autochtones dépendent particulièrement d’un financement cohérent pour la conservation. De nombreuses Premières Nations se sont associées à des programmes fédéraux pour protéger les territoires traditionnels. Ces partenariats nécessitent une planification pluriannuelle et un soutien financier stable.
Les communautés rurales font également face à des conséquences lorsque les emplois en conservation disparaissent. Les chercheurs sur le terrain, les gardes de parc, les équipes de restauration d’habitats et les surveillants environnementaux dépendent tous des programmes fédéraux. Ces postes représentent souvent un emploi important dans les petites villes.
L’incertitude du financement crée des problèmes pratiques au-delà de l’embarras politique. Les organismes de conservation signent des contrats avec des travailleurs et des propriétaires fonciers en fonction du soutien fédéral attendu. Sans clarté sur les budgets futurs, ces ententes deviennent impossibles à honorer.
Les groupes environnementaux bénéficient d’un large soutien public pour le travail de conservation. Les sondages montrent constamment que les Canadiens valorisent la protection des espaces naturels, peu importe leur affiliation politique. Cela rend les compressions budgétaires politiquement déroutantes ainsi qu’environnementalement préoccupantes.
Les pressions budgétaires sont réelles dans tous les ministères. Le ministère des Finances fait face à des demandes concurrentes de la part des soins de santé, de la défense, des infrastructures et des programmes sociaux. Le financement de la conservation doit rivaliser avec toutes ces priorités.
Pourtant, les montants en jeu ne sont pas massifs en termes de budget fédéral. Les 381 millions de dollars du Fonds pour la nature du Canada représentent une fraction minuscule des dépenses gouvernementales globales. Trouver cet argent semble réalisable si la volonté politique existe.
Le 31 mars arrive dans quelques semaines seulement. Les groupes de conservation ont besoin de réponses bientôt pour planifier leurs saisons de terrain estivales. Les décisions d’embauche ne peuvent pas attendre jusqu’à l’automne. Les achats d’équipement et les négociations d’acquisition de terres nécessitent une clarté immédiate.
Les prochaines semaines révéleront si Ottawa traite la conservation comme une véritable priorité ou simplement comme un argument de communication commode. Des communautés à travers le Canada surveillent de près, incluant plusieurs ici même dans la région de la capitale nationale.