Les néons bourdonnent au-dessus de dizaines de classes à Ottawa où les enfants font la file aux fontaines entre les cours. La plupart des parents présument que l’eau qui coule de ces robinets est sécuritaire. Un rapport troublant suggère que cette présomption pourrait être fausse.
L’Association canadienne du droit de l’environnement a lâché une bombe récemment. Leurs recherches démontrent que plus de 100 échantillons d’eau provenant d’écoles du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario ont dépassé les limites provinciales de plomb durant l’année scolaire 2024-25. Quand on mesure selon les directives plus strictes de Santé Canada, ce chiffre grimpe à plus de 150 tests échoués.
Je couvre des histoires d’éducation dans cette ville depuis des années. Celle-ci frappe différemment parce qu’elle touche l’attente fondamentale de chaque parent. On envoie nos enfants à l’école en faisant confiance que les bases sont couvertes. L’eau propre ne devrait pas être négociable.
Trois écoles du CEPEO ont montré des résultats particulièrement alarmants. L’école élémentaire Orleans Wood a dominé la liste pour les niveaux dangereux de plomb. L’école élémentaire communautaire Fallingbrook et l’école publique Manor Park n’étaient pas loin derrière. Ce ne sont pas des institutions obscures cachées quelque part. Ce sont des écoles de quartier où les familles d’Ottawa envoient leurs enfants depuis des générations.
L’Organisation mondiale de la santé affirme qu’aucune quantité de plomb n’est sécuritaire pour les enfants. Zéro. Pas un petit peu, pas des traces. Bruce Lanphear fait de la recherche en santé de la petite enfance à l’Université Simon Fraser. Il explique que même un microgramme par décilitre peut faire baisser le QI d’un enfant de un à un point et demi. Ça augmente aussi les risques de comportements de type TDAH.
C’est la partie qui m’empêche de dormir comme quelqu’un qui rapporte sur notre communauté. On ne parle pas de cas dramatiques d’empoisonnement qui envoient les enfants à l’urgence. On discute d’impacts cognitifs subtils qui pourraient jamais être retracés à une fontaine d’école.
L’Ontario maintient une norme de sécurité pour le plomb de 10 parties par milliard. Santé Canada recommande cinq parties par milliard. Toutes les autres provinces sauf la Saskatchewan ont adopté la directive fédérale. On permet littéralement le double de la concentration de plomb que les experts nationaux en santé considèrent acceptable.
Miriam Diamond enseigne les sciences environnementales à l’Université de Toronto. Elle souligne que la recherche continue de pousser vers le bas ce qu’on considère une exposition sécuritaire au plomb. La norme de l’Ontario, suggère-t-elle, a l’air de plus en plus désuète tandis que la science avance.
L’approche provinciale pour régler les niveaux élevés de plomb implique de rincer les robinets quotidiennement. Faire couler l’eau, laisser nettoyer les tuyaux, problème réglé. Sauf que le rapport de l’ACDE qualifie cette méthode de non fiable au mieux.
Lanphear est direct concernant les protocoles de rinçage. Peut-être que ça baisse le plomb pour une journée ou deux, dit-il. Mais personne ne maintient cette routine de façon constante. Les enfants ne vont pas rester à une fontaine pendant 30 secondes ou deux minutes chaque fois qu’ils veulent boire. Les travailleurs d’entretien peuvent pas réalistement rincer chaque robinet quotidiennement. Le système est complètement défaillant.
L’école publique communautaire Cambridge Street illustre pourquoi le rinçage échoue. Cette petite école dessert environ 100 élèves de la maternelle à la 6e année. En septembre 2020, une station de remplissage de bouteilles d’eau nouvellement installée a testé à 136 parties par milliard. C’est plus de 13 fois la directive de sécurité de l’Ontario.
Entre 2020 et 2025, Cambridge Street a enregistré au moins 33 résultats de tests dépassant les niveaux sécuritaires provinciaux. L’école a rincé les robinets selon le protocole. Les niveaux de plomb ont continué à remonter au-dessus des seuils sécuritaires pendant deux ans. Plusieurs rondes de tests ont finalement ramené les chiffres de façon constante.
Voici ce qui me dérange dans cette chronologie. Deux ans, c’est long dans le développement d’un jeune enfant. Combien d’enfants ont rempli leurs bouteilles d’eau à cette station durant ces 24 mois?
Santé publique Ottawa a remis en service la station de remplissage en août 2022 après que deux échantillons rincés consécutifs soient revenus en dessous de 10 parties par milliard. Selon des documents d’accès à l’information, cet appareil n’a pas été testé depuis 2022 malgré son historique de pics de plomb.
Diane Pernari parle pour le CEPEO comme directrice générale des communications. Elle dit que le conseil teste régulièrement les points d’eau potable depuis 2017. Tout appareil dépassant les normes provinciales est immédiatement retiré du service et remédié. Ils suivent tous les règlements provinciaux avant de rouvrir les points pour la consommation d’eau potable. Les résultats de tests vont sur le site web du conseil.
J’ai regardé ce site web. Les données existent mais ne sont pas particulièrement conviviales pour les parents qui essaient de vérifier l’école spécifique de leur enfant.
Julie Mutis a rédigé le rapport de l’ACDE. Elle argumente que l’Ontario n’a pas reconnu qu’aucune quantité de plomb n’est sécuritaire. La recherche démontre que la concentration de plomb peut revenir à des niveaux dangereux dans les minutes ou heures après avoir rincé un appareil.
Un porte-parole provincial a défendu les protocoles actuels. Les écoles et garderies doivent rincer la plomberie quotidiennement ou hebdomadairement dépendamment des résultats de tests récents. Quand le plomb dépasse 10 microgrammes par litre, les propriétaires d’installations doivent prendre des mesures correctives immédiates tel que dirigé par le médecin-hygiéniste local. La province note aucun cas rapporté d’empoisonnement au plomb chez les enfants provenant de l’eau potable durant la dernière décennie.
Ce dernier point semble être une maigre consolation. On ne cherche pas des cas d’empoisonnement aigus. On s’inquiète des impacts cognitifs cumulatifs qui ne sont jamais diagnostiqués comme reliés au plomb.
Des documents internes montrent que les officiels de l’Ontario ont discuté de durcir les normes de plomb depuis au moins 2021. Trois ans de discussion pendant que les enfants boivent de l’eau qui échoue les directives fédérales semble être une réponse lente à une préoccupation de santé claire.
Le Québec a adopté la directive plus stricte de Santé Canada et l’a appuyée avec des rapports transparents. Depuis 2021, le Québec a remplacé ou ajouté des filtres à 61 pour cent des appareils testant haut pour le plomb. Les parents et le personnel peuvent consulter des rapports bisannuels montrant quels robinets et fontaines d’écoles sont conformes.
Le Bureau d’enquête journalistique a lancé une base de données en 2024 avec le HIVE Lab de l’Université de Toronto. Les parents peuvent vérifier les résultats de tests de plomb pour les écoles et garderies de l’Ontario entre 2019 et 2023. C’est un outil utile, bien que le fait qu’il soit nécessaire dise quelque chose de troublant sur la transparence officielle.
Le Conseil des écoles catholiques d’Ottawa apparaît aussi dans le rapport de l’ACDE avec des résultats de tests préoccupants. Ce n’est pas un problème spécifique au CEPEO. C’est une question systémique affectant plusieurs conseils à travers notre ville et province.
Je pense à mes propres années d’école en Ontario. On n’a jamais questionné les fontaines. Les parents de personne ne s’inquiétaient des niveaux de plomb parce qu’on présumait que les écoles étaient des espaces sécuritaires de toutes les façons.
Cette présomption ne tient plus. Les parents doivent maintenant rechercher la qualité de l’eau en plus des programmes académiques et parascolaires quand ils évaluent les écoles. C’est un fardeau additionnel sur les familles qui jonglent déjà trop.
Cette histoire va continuer de se développer tandis que plus de parents deviennent conscients et demandent de l’action. Je vais la suivre de près parce que ce n’est pas juste un autre débat de politiques. C’est à propos de l’eau que nos enfants boivent chaque jour pendant qu’on présume que quelqu’un d’autre les garde en sécurité.