Ça fait des semaines que je vois les automobilistes torontois grimacer devant les panneaux de prix des stations-service. Les chiffres ne cessent de grimper et franchement, il n’y a aucune bonne nouvelle à l’horizon. En tant que personne qui couvre les développements économiques dans cette ville au quotidien, je peux vous dire que la crise énergétique frappe tout le monde durement.
Le long week-end de Pâques approche à grands pas. Des familles partout à Toronto prévoient des voyages pour visiter leurs proches. Les étudiants rentrent chez eux de l’université. Mais cette année, ces road trips viennent avec une facture salée. Les prix de l’essence ont augmenté de façon spectaculaire depuis fin février, et les experts disent qu’il ne faut pas s’attendre à un répit de sitôt.
Patrick De Haan travaille comme analyste pétrolier chez GasBuddy. Il suit les coûts du carburant depuis des années. Selon son analyse, les prix du pétrole ont bondi d’environ 10 pour cent en une seule journée cette semaine. Cette hausse va pousser les prix de l’essence encore plus haut à l’approche du week-end de Pâques.
La moyenne nationale se situe actuellement autour de 180,8 cents le litre. C’est près de neuf cents de plus qu’il y a seulement une semaine. Les automobilistes torontois ressentent cette pression chaque fois qu’ils font le plein. J’ai parlé hier avec une propriétaire de petite entreprise à Leslieville qui gère un service de livraison. Elle m’a dit que les coûts de carburant sont maintenant sa deuxième plus grosse dépense après la main-d’œuvre.
Les prix du diesel présentent une préoccupation encore plus grande. De Haan prédit que le diesel pourrait dépasser 225 cents le litre d’ici les prochaines 48 heures. Ce serait un nouveau record. Le diesel alimente les camions qui livrent l’épicerie dans nos magasins. Il fait fonctionner l’équipement de construction qui bâtit les condos de Toronto. Il alimente les autobus de transport en commun qui déplacent les gens à travers le Grand Toronto.
Les effets d’entraînement touchent tout. Les prix du carburant aviation ont presque doublé selon les données de l’industrie. Ça signifie des tarifs aériens plus élevés pour quiconque essaie de prendre l’avion plutôt que de conduire. Il n’y a vraiment aucun moyen d’échapper à cette crise énergétique. Que vous conduisiez jusqu’à Muskoka ou que vous preniez l’avion pour Vancouver, vous payez plus cher.
Ça fait plus de dix ans que je couvre les histoires économiques à Toronto. Cette situation me semble différente des chocs pétroliers passés. La cause n’est pas juste l’offre et la demande. La guerre en Iran qui a commencé le 28 février a fondamentalement perturbé les marchés énergétiques mondiaux. L’Iran contrôle la navigation à travers le détroit d’Ormuz, une voie navigable cruciale pour le transport du pétrole. Ce détroit est maintenant effectivement bloqué.
Statistique Canada n’a pas encore publié les données de prix de mars. Ces chiffres ne seront pas disponibles avant le 20 avril. Mais l’Association canadienne des automobilistes fournit un suivi actuel. Leurs données montrent la moyenne nationale pour l’essence ordinaire à 178,5 cents le litre en ce moment. Le prix le plus bas du dernier mois est survenu le 3 mars, quand il a atteint 134,2 cents le litre.
C’est une augmentation massive en seulement quelques semaines. Toronto a vu des prix moyens autour de 132,2 cents le litre en février. Maintenant, on paie environ 46 cents de plus par litre. Pour une berline typique avec un réservoir de 50 litres, c’est 23 dollars de plus à chaque plein. Pour les familles qui ont plusieurs véhicules, les coûts s’accumulent vite.
J’ai marché dans un quartier de Scarborough la semaine dernière pour parler aux résidents. Une enseignante à la retraite m’a dit qu’elle a annulé son voyage habituel du printemps à Ottawa. Un jeune couple m’a dit qu’ils reconsidèrent leurs plans de mariage parce que les coûts de déplacement pour les invités ont explosé. Ce ne sont pas des statistiques abstraites. Ce sont de vraies décisions qui affectent de vraies familles torontoises.
Les prix varient considérablement à travers le Canada en fonction de facteurs régionaux. L’Alberta bénéficie de sa proximité avec la production pétrolière et de taxes provinciales plus basses. Edmonton a vu des moyennes de février autour de 118,5 cents le litre. Calgary payait environ 122,1 cents. Vancouver, par contre, faisait face à 171,3 cents même avant la crise actuelle.
De Haan explique que les régions côtières souffrent davantage lors de perturbations mondiales. Le pétrole et les produits raffinés peuvent facilement être expédiés loin des marchés côtiers canadiens vers des acheteurs offrant plus ailleurs. Toronto et d’autres villes ontariennes sont en compétition dans ce marché mondial. On ne bénéficie pas de la même protection que les villes des Prairies.
Terre-Neuve, la Nouvelle-Écosse, le Québec et la Colombie-Britannique connaissent les augmentations les plus sévères en ce moment. Les provinces maritimes dépendent fortement du carburant raffiné importé. Elles ont moins d’alternatives quand les approvisionnements mondiaux se resserrent. La même dynamique affecte le Grand Vancouver, où les prix étaient déjà élevés en raison des taxes sur le carbone et de la capacité de raffinage limitée.
La Saskatchewan et le Manitoba voient des augmentations plus modérées. Regina était en moyenne à 127,3 cents en février. Saskatoon payait 123,3 cents. Ces villes bénéficient de leur proximité avec la production pétrolière de l’Ouest canadien. Le carburant ne peut tout simplement pas être exporté aussi facilement des endroits enclavés. La géographie offre une certaine isolation de la volatilité des prix mondiaux.
La réponse politique a été prévisible. Les conservateurs fédéraux réclament des réductions de taxe sur l’essence. Ils soutiennent que les familles ont besoin d’un répit face aux coûts énergétiques croissants. Le gouvernement libéral fait face à des pressions pour répondre, mais réduire les taxes sur le carburant diminue les revenus nécessaires pour les programmes d’infrastructure et climatiques. J’ai couvert assez de cycles budgétaires pour savoir que ces débats deviennent compliqués rapidement.
Le président Trump s’est adressé à la nation récemment mais n’a offert aucune solution concrète. Il avait précédemment fixé une date limite pour que l’Iran rouvre le détroit d’Ormuz. Il a menacé d’attaques contre les infrastructures énergétiques iraniennes si la date limite passait. Mais son récent discours n’a mentionné aucun plan pour résoudre l’impasse. Les marchés ont mal réagi à cette omission.
De Haan souligne que les prix du pétrole ont grimpé jeudi précisément parce qu’aucune résolution ne semble en vue. Le détroit reste effectivement bloqué par le risque d’attaque iranienne. Les navires ne navigueront pas à travers une zone de guerre. Jusqu’à ce que quelqu’un trouve une solution diplomatique ou militaire, la perturbation de l’approvisionnement continue. Chaque jour sans progrès aggrave le problème pour l’économie mondiale.
Le Canada a insisté pour rester en dehors de ce conflit. Notre gouvernement ne veut pas que les forces canadiennes soient impliquées dans une autre guerre au Moyen-Orient. Je comprends cette réticence d’un point de vue politique. Mais l’isolement économique n’est pas possible dans les marchés de l’énergie. Toronto paie les prix mondiaux peu importe notre position politique.
Les préoccupations concernant l’approvisionnement en diesel m’inquiètent le plus en tant que journaliste économique. Le diesel alimente les camions qui livrent l’inventaire aux détaillants torontois. Il fait fonctionner l’équipement sur les chantiers de construction qui transforment notre skyline. Il alimente la machinerie qui récolte les cultures dans l’Ontario rural. Quand les prix du diesel montent en flèche, l’inflation suit dans pratiquement tous les secteurs. La nourriture coûte plus cher. Les matériaux de construction coûtent plus cher. Tout devient plus dispendieux.
J’ai visité une compagnie de camionnage à Etobicoke la semaine dernière. Le propriétaire m’a montré des feuilles de calcul qui suivent les dépenses en carburant. Ses coûts ont augmenté de 40 pour cent depuis février. Il a été forcé d’ajouter des frais de surcharge de carburant pour les clients. Ces surcharges sont transmises le long de la chaîne d’approvisionnement jusqu’à ce qu’elles atteignent les consommateurs qui achètent l’épicerie dans les supermarchés de Toronto.
L’économie mondiale fonctionne au pétrole malgré tous nos discours sur les transitions vertes. Les véhicules électriques ne représentent qu’une petite fraction des voitures sur les routes de Toronto. Les camions commerciaux, les navires et les avions ont peu d’alternatives aux combustibles fossiles. Cette dépendance crée une vulnérabilité quand des événements géopolitiques perturbent l’approvisionnement. On vit cette vulnérabilité en ce moment.
De Haan avertit que la situation deviendra plus problématique chaque jour jusqu’à ce qu’elle soit résolue. Je le crois basé sur les fondamentaux du marché. La demande mondiale de pétrole n’a pas diminué. L’approvisionnement a été sévèrement contraint. L’économie de base dit que les prix continueront d’augmenter jusqu’à ce que l’offre et la demande se rééquilibrent. Ça nécessite soit de rouvrir le détroit, soit de trouver des sources d’approvisionnement alternatives. Ni l’un ni l’autre ne semble probable dans l’avenir immédiat.
Les familles torontoises qui planifient des voyages pour le week-end de Pâques font face à des choix difficiles. Conduire et payer des prix premium pour l’essence. Prendre l’avion et payer le double pour le billet. Rester à la maison et ne pas voir ses proches. Aucune de ces options ne fait du bien. Je vais probablement conduire pour voir mes parents à Kingston malgré le coût. Parfois la famille compte plus que l’argent. Mais je ne prendrai certainement pas plaisir à regarder les chiffres tourner à la pompe à essence.
La crise énergétique révèle à quel point notre économie locale est connectée aux événements mondiaux. Les décisions prises à Washington et à Téhéran ont un impact direct sur ce qu’on paie aux stations-service de Toronto. Cette interconnexion crée à la fois des opportunités et des risques. En ce moment, on vit le côté risqué. Jusqu’à ce que la situation géopolitique se stabilise, les automobilistes torontois devraient s’attendre à une douleur continue à la pompe. Ce n’est pas le message de Pâques que quiconque voulait entendre.